Rural farmer Chad
Famille de Herta - Chad 
© SOS Sahel International, Hisseine Lol boukar 

Chaque jour, les habitants du Sahel doivent lutter pour leur survie.  L’eau – ou plutôt son absence – définit chacune de leurs journées. Que ce soit pour boire, abreuver le bétail, irriguer les cultures ou encore cuisiner, l’eau domine leur vie : les longs trajets jusqu’au puits le plus proche – un travail souvent réservé aux femmes et en enfants ; les conflits de plus en plus nombreux au sujet des ressources limitées en eau ; les décès et maladies dus à l’eau polluée… 

Le mot « Sahel » est devenu synonyme de sécheresse, pauvreté et famine. Cette région d’environ 50 millions d’habitants couvre une vaste bande de désert semi-aride s’étendant sur 5 500 km, depuis l’océan Atlantique à l’Ouest à la mer Rouge à l’Est. Au centre, on trouve le lac Tchad, l’une des premières victimes du changement climatique dans le monde. Sa surface a diminué de 90 % depuis 1963, à cause des sécheresses prolongées, de la désertification et de la demande de plus en plus importante d’eau douce. Les conflits régionaux, l’instabilité politique et la migration de masse sont autant de facteurs qui sont venus aggraver le problème.

C’est dans ce contexte difficile que l’AMCC+ investit environ 8 millions d’euros au Tchad pour contribuer au développement d’une économie résistante au changement climatique et à faible émission de carbone, ainsi qu’à la lutte contre l’insécurité alimentaire chronique causée par des conditions météorologiques extrêmes. Montez dans un 4x4 et parcourez 300 km vers le nord à partir de la capitale, N’Djaména, et vous pourrez déjà constater l’impact de cet investissement.

« L’accès à l’eau a radicalement changé notre vie quotidienne », indique Hapsita Djimet (31 ans), qui fait partie des quelque 100 000 habitants des sous-préfectures de Doum-Doum, Ngouri et Liwa, qui bénéficient d’un projet d’installation de réservoirs d’eau de pluie. « Avec l’installation des polytanks, l’eau a apporté un grand changement dans notre vie quotidienne en termes de santé, avec la diminution des maladies transmises par l’eau, comme la diarrhée. Avant la mise en place des infrastructures, nous les femmes allions chercher de l’eau au forage qui se trouve à plusieurs kilomètres du village. Cette eau est impropre à la consommation mais nous n’avions pas le choix. Mais aujourd’hui, nous sommes fournis en eau potable quotidiennement. »

Le Tchad est l’un des premiers producteurs au monde de gomme arabique. Mahamat Adam (45 ans), cueilleur de gomme arabique, profite également du programme. Avant la construction des réservoirs de stockage, il devait parcourir 20 km pour aller chercher de l’eau. « Aujourd’hui, nous pouvons consacrer plus de temps à la cueillette de la gomme et moins à la collecte d’eau », explique-t-il. « Nous travaillons dans de bien meilleures conditions, et nous sommes mieux organisés. Désormais, nous pouvons nous consacrer pleinement à la cueillette de la gomme. »

Le projet de l’AMCC+, financé par l’UE, a réuni des partenaires de mise en œuvre, dont SOS Sahel, qui collaborent étroitement sur le terrain. Ils ont identifié certains des ménages les plus pauvres et les plus vulnérables et travaillent avec eux pour améliorer leur sécurité alimentaire et réduire la malnutrition en les aidant à mieux résister au changement climatique.

Dans le village de Djigdada, Herta Mbodou (35 ans), maraîchère, lutte pour élever ses trois enfants tout en essayant de faire pousser des légumes sur une petite parcelle dans le wadi – un ravin sec et sablonneux sujet aux inondations soudaines durant la période des pluies. « Depuis des dizaines d’années, nous souffrons de la sécheresse », déplore Herta. « Il est tout simplement impossible de cultiver suffisamment pour nourrir ma famille. C’est un combat permanent, et les récoltes sont très mauvaises. »

Mais grâce à SOS Sahel et au projet de l’AMCC+, Herta a désormais accès à une plus grande parcelle de terrain qu’elle peut cultiver, et à une pompe moderne pour l’irriguer, qui remplace le traditionnel chadouf – un appareil à bascule servant à puiser l’eau – utilisé au Sahel depuis l’époque des pharaons. « Dès le début du projet, on m’a appris à utiliser l’équipement d’irrigation et à l’entretenir. J’ai aussi reçu une formation pour planter différents produits, comme le gombo, l’ail, les oignons et les tomates, qui sont très résistants à la sécheresse », précise-t-elle. 

Le stress hydrique est l’un des plus grands dangers pour les légumes, mais il semblerait que le gombo soit cultivé par les Égyptiens depuis le XIIe siècle et qu’il puisse pousser sur le sol aride du Sahel. En outre, de nouvelles variétés de tomate, avec de succulentes feuilles qui retiennent l’humidité, se révèlent aussi plus faciles à cultiver. S’ajoute à cela la nouvelle pompe d’irrigation et l’avenir du jardin-maraîcher d’Herta s’annonce sous de meilleurs auspices. « Je pourrai vendre mes récoltes pour aider ma famille », affirme-t-elle.

Liens :

  • La voie du Tchad vers une économie résiliente au changement climatique (rapport)http://www.gcca.eu/fr/news-and-events/news-flash/la-voie-du-tchad-vers-une-economie-resiliente-au-changement 
  • Adaptation aux effets du changement climatique et développement des énergies renouvelables au Tchadhttp://www.gcca.eu/fr/programmes-nationaux/afrique/amcc-tchad 
  • Cultures résistantes à la sécheresse https://www.researchgate.net/profile/Dr_Shashank_S_Solankey/publication/259017486_Breeding_for_drought_tolerance_in_vegetables/links/00b4952b1312bba401000000.pdf