Interview: Des côtes intelligentes face au climat à Maurice

 

Entretien avec le Dr Sunita Facknath, professeure d’agriculture durable et doyenne de la Faculté d’agriculture de l’Université de Maurice.

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Avec une population d’environ 1,2 million d’habitants (2017), Maurice dépend largement des intrants agricoles externes, comme les engrais et les produits chimiques, ainsi que des systèmes d’irrigation sophistiqués, et ce contrairement à la plupart des régions d’Afrique. C’est ce qu’explique Sunita Facknath qui se consacre depuis 20 ans à l’étude des enjeux du changement climatique pour le secteur agricole.

Pourquoi le soutien de l’AMCC+ à l’île Maurice est-il « intelligent face au climat » ?

Maurice est un petit État insulaire en développement (PEID) bénéficiaire du programme phare de l’UE –l’Alliance mondiale contre le changement climatique Plus (AMCC+) –qui vise à aider les agriculteurs à abandonner les pratiques agricoles non durables au profit de pratiques intelligentes face au climat ou « climato-intelligentes », un terme lancé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2010 lors de la Conférence de La Haye sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique. Le projet à Maurice dispense aux agriculteurs des zones côtières une série de formations pour les aider à limiter l’impact environnemental de l’agriculture sur les côtes du pays.

Quels sont les principaux problèmes sur les côtes mauriciennes ?

Les agriculteurs des régions côtières utilisent énormément de substances agrochimiques, d’engrais et de pesticides. Tous ces produits chimiques s’infiltrent à travers le sable. La dissolution de ces produits dans la mer (« lixiviation ») qui en résulte frappe de plein fouet le secteur touristique. Les produits agrochimiques utilisés par les agriculteurs sont en outre à l’origine d’un phénomène d’eutrophisation ou de prolifération des algues — l’excès de sel dans l’eau produit une odeur nauséabonde, une autre plaie pour l’industrie du tourisme, comme vous pouvez l’imaginer.

Alors, quelle est la solution ?

Grâce aux formations dispensées dans le cadre du projet, les agriculteurs apprennent à utiliser du compost et à ajouter une couche de paillis sur leurs terres, au lieu d’épandre des engrais chimiques. Dans le contexte, il faut associer solutions technologiques et naturelles/ écologiques. C’est là une approche essentielle à mes yeux pour assurer la survie de la planète et le développement de communautés prospères. Lorsqu’on ajoute une couche de paillis ou même de la paille provenant de débris de la saison de culture précédente, les nutriments ne pénètrent pas dans l’eau via le sable. Des techniques comme le paillage et le compostage permettent au sol de retenir davantage d’eau et de nutriments, qui s’évaporent habituellement lorsqu’on utilise des produits chimiques.

Comment les connaissances acquises seront-elles conservées ?

Depuis un an, le projet forme les petits agriculteurs de la région à l’utilisation de techniques agricoles climato-intelligentes pour améliorer leur production et minimiser la dégradation de l’environnement sur les côtes. Un volet important du projet concerne la production d’un manuel que les agriculteurs locaux pourront consulter même une fois le projet terminé. L’objectif est également d’identifier les acteurs locaux qui deviendront des agents du changement au sein de leur communauté, au terme d’une formation pratique.