Les scientifiques s’accordent sur le fait que le changement climatique est provoqué par l’homme, mais les solutions pourraient bien se trouver dans la nature. Des communautés du Pacifique ont recours à des solutions naturelles pour protéger les États insulaires vulnérables contre les pires effets du changement climatique.

fiji« Les solutions fondées sur la nature (ou adaptation basée sur les écosystèmes) se servent des écosystèmes et de la biodiversité pour renforcer la résilience au changement climatique », explique Herman Timmermans, responsable du projet Pacific Ecosystem-based Adaptation to Climate Change  (PEBACC, Adaptation au changement climatique basée sur les écosystèmes dans le Pacifique), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le secrétariat du Programme régional océanien de l’environnement (PROE), basé aux Samoa. « Quand ils sont intacts et en bonne santé, les écosystèmes sont naturellement résilients : ils sont robustes et peuvent absorber plus facilement les changements. Les écosystèmes plus faibles sont moins résistants et ils peuvent mettre plus longtemps à se remettre d’un phénomène météorologique extrême ou autre effet du changement climatique. »

Les solutions fondées sur la nature seront l’une des priorités à l’ordre du jour de la prochaine réunion sur la résilience dans le Pacifique, qui aura pour thème « L’avenir des jeunes dans un Pacifique résilient » et se tiendra à l’université du Pacifique-Sud, à Suva (Fidji), au début du mois de mai. Coorganisé par l’initiative phare de l’Union européenne sur le changement climatique, l’Alliance mondiale de lutte contre le changement climatique+ (AMCC+), et le Pacific Resilient Partnership, l’événement présentera des exemples inspirants de jeunes et de communautés qui œuvrent de manière inclusive à l’amélioration des conditions de vie et à la protection des moyens de subsistance, dans le cadre du projet de l’AMCC+ financé par l’UE Scaling Up Pacific Adaptation  (SUPA, Renforcer l’adaptation au Pacifique).

« Les petites îles du Pacifique sont extrêmement vulnérables et exposées au changement climatique », affirme M. Timmermans. « Le risque est particulièrement élevé pour les atolls, car ils sont plats et leur population n’a donc pas la possibilité de se déplacer vers un endroit plus élevé. Les cyclones semblent gagner en intensité chaque année et, dans de nombreuses îles du Pacifique, l’infrastructure (lignes à haute tension, approvisionnement en eau, hébergements et écoles) est souvent exposée. Les saisons changent : les périodes sèches sont de plus en plus longues et beaucoup d’îles ne disposent pas de barrage ou de réservoir pour stocker l’eau. Elles dépendent des rivières et de petits systèmes de captage pouvant être facilement endommagés. En outre, les feux de brousse sont également plus fréquents. »

Pour relever ces défis, plusieurs projets fondés sur la nature sont en cours à travers le Pacifique. Aux Fidji, par exemple, des villageois de Nawaka, qui vivent à proximité du fleuve Nadi, sur la côte ouest, participent à un projet pilote visant à planter du vétiver sur les berges, qui ont été érodées par les inondations au fil des ans.

« Nous travaillons beaucoup avec les communautés, pour les impliquer dans les solutions fondées sur la nature », explique M. Timmermans. « Nous leur parlons du changement climatique – beaucoup n’en connaissent pas bien les aspects techniques. Elles en ont entendu parler et savent que c’est un problème, mais elles ne sont pas bien renseignées sur la façon dont il les affecte. »

La préservation, la restauration et la gestion durable des forêts, bassins fluviaux, récifs coralliens, mangroves et zones humides sont de plus en plus considérées comme des alternatives rentables aux solutions technologiques au changement climatique. Aux Samoa, le gouvernement s’est fixé l’objectif ambitieux de planter deux millions d’arbres d’ici 2020 pour restaurer les zones déboisées ou dégradées et ainsi améliorer la résilience. Activement impliqués dans l’initiative, les agriculteurs et communautés s’occupent de faire pousser les jeunes arbres dans des pépinières et de les planter.

Dans les Tuvalu, dans le cadre de l’approche « du massif au récif », des efforts sont consentis pour remédier à l’invasion d’algues envahissantes et nuisibles, causée en partie par la météo imprévisible et la sécheresse. La multiplication rapide des algues, un danger pour la santé humaine et les réserves halieutiques, constitue un problème majeur dans le lagon de Funafuti, mais les scientifiques espèrent que la plantation de vétiver le long de la côte permettra de réduire l’apport en nutriments provenant de l’agriculture qui fait proliférer les algues.

Les solutions basées sur la nature ne sont pas seulement bénéfiques pour la population, elles sont aussi judicieuses sur le plan économique. Une étude estime que, dans le monde, les mangroves permettent d’éviter 82 milliards de dollars de dommages dus aux inondations lorsqu’elles sont intactes. Et ces solutions sont aussi souvent moins onéreuses que les infrastructures lourdes. « Les digues peuvent être efficaces pour combattre l’érosion côtière à court terme, mais elles ne durent généralement pas dans le temps et peuvent avoir des effets négatifs sur l’environnement et perturber les écosystèmes naturels », affirme M. Timmermans. « Les solutions fondées sur la nature constituent une approche “sans regret” et rentable – un critère essentiel dans les pays pauvres. »

Pour certaines communautés, les solutions fondées sur la nature peuvent être la seule alternative possible sur le plan financier. À Choiseul, dans les îles Salomon, la hausse du niveau de la mer et l’érosion de la côte constituent des problèmes majeurs, mais la construction de digues est inenvisageable en raison de son coût trop élevé et du manque de ressources. À la place, les forêts humides côtières sont protégées par un programme en partie financé par l’UE, dans le cadre duquel des propriétaires terriens autochtones cèdent volontairement leurs droits d’exploitation en échange de la possibilité de créer et vendre des crédits carbone.

« En plus de protéger les côtes contre les ondes de tempête, les cyclones et la hausse du niveau de la mer, les mangroves sont une source de poisson, bois à brûler et matériaux de construction, elles abritent une biodiversité extrêmement riche et elles absorbent jusqu’à quatre fois plus de carbone que les autres types de forêts », indique M. Timmermans.

« Les îles de faible altitude sont dans une situation très délicate, mais je suis optimiste. Les solutions fondées sur la nature peuvent aider les communautés insulaires à devenir plus résilientes. Cette approche n’en est qu’à ses débuts, mais son degré d’adoption est encourageant et nous en tirons constamment de nouveaux enseignements. Le puzzle commence à prendre forme, même si nous n’avons pas encore de vue d’ensemble. Mais nous allons dans la bonne direction. »