L’agriculture intelligente face au climat au profit des producteurs du Suriname

Narinder Jagroe, agriculteur, observe en souriant les tomates et concombres qui poussent sur sa petite parcelle. Nous sommes en pleine saison sèche et il n’a plus plu depuis des semaines, mais Narinder a l’esprit tranquille : grâce à son nouveau système d’irrigation, ses jeunes pousses reçoivent toute l’eau dont elles ont besoin.  

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Farmer Bianca Jagroe-Graanoogst shows off her crop.
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« Cela fait une différence énorme pour nos familles », se réjouit Narinder. « Avant l’installation du système d’arrosage, les plantations avaient une chance sur deux de survivre. Désormais, nous pouvons cultiver durant toute la saison sèche et la productivité a augmenté. » 

Le système d’irrigation de Narinder fait partie d’un projet d’agriculture intelligente face au climat (AIC) dans la région de Weg naar Zee, au Suriname, qui entend aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique et à devenir plus résilients. Ce projet est financé par le programme phare de l’UE contre le changement climatique, l’AMCC+, et géré par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en partenariat avec l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA). 

Outre les systèmes d’arrosage, les agriculteurs ont reçu des serres et des équipements d’irrigation goutte-à-goutte. « Le projet dans son ensemble vise à rendre l’agriculture plus sûre face à des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles », explique Haidy Malone-Lepelblad, gestionnaire de projet AMCC+ pour le PNUD au Suriname. « Les agriculteurs avaient l’habitude de planter et de récolter lors de saisons bien prévisibles. Mais, aujourd’hui, il arrive que la saison sèche soit trop longue et la saison des pluies trop humide. Ils peuvent alors perdre toute leur récolte. » 

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Inside one of the hi-tech GIFT greenhouses
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Chakawri Pardiepkoemar, un agriculteur proche de Narinder, est un autre bénéficiaire du projet. « Durant la saison des pluies, nous sommes confrontés à des précipitations abondantes sur un court laps de temps. Certaines exploitations se retrouvent inondées et les producteurs perdent alors l’intégralité de leur récolte », déclare-t-il. Deux serres spécialement conçues, utilisant des technologies d’agriculture écologiquement intensive, maintiennent la température à un niveau constant, protègent des fortes pluies et permettent aux agriculteurs de faire pousser leurs cultures dans un environnement contrôlé tout au long de l’année.  

Chakawri a aussi creusé un bassin pour recueillir l’eau de pluie – de l’eau douce – en vue de l’irrigation, car les terres proches de la côte souffrent aussi de l’intrusion d’eau salée. « Nous disposons désormais d’un système d’arrosage, qui nous permet de récolter davantage de légumes, comme le pak choï, le chou et les pois. Grâce à ce système, nous utilisons beaucoup moins d’eau qu’avec l’arrosage traditionnel. » 

Le projet a également généré quelques avantages inattendus, explique Haidy. « Les agriculteurs ont découvert qu’ils répétaient les gestes de leurs parents et de leurs grands-parents, sans vraiment les remettre en question. Désormais, ils ont appris l’existence de techniques alternatives et sont bien plus au fait des dernières technologies. La communauté est aussi beaucoup plus unie. Autrefois, chacun travaillait de son côté. Aujourd’hui, les agriculteurs ont pris l’habitude de s’entraider. Ce projet a vraiment élargi leurs horizons et maintenant ils veulent aller plus loin, défendre les intérêts de leur groupe et collecter des fonds pour financer d’autres projets. » 

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One of the hi-tech GIFT greenhouses
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Narinder et Chakawri font partie d’un groupe d’agriculteurs qui se sont rendus au Mexique pour une formation de neuf jours au Centre régional de services intégrés pour l’agriculture protégée (CRESIAP) de Jalisco. Raffaella Ashruf, membre du Forum de l’agriculture du Suriname pour les jeunes (SURFAY), faisait aussi partie du groupe. « Il est très important de savoir de quoi chaque plante à besoin pour obtenir un rendement maximal, et d’apprendre à gérer les maladies végétales, la fertilité du sol et l’irrigation », indique-t-elle. « Cette formation a été très utile, j’ai appris beaucoup ! »   

« Lorsque la formation a commencé, nous n’étions qu’un petit groupe, mais de plus en plus de personnes nous ont rejoints à chaque fois », continue Haidy. « Les agriculteurs apprenaient de nouvelles techniques, retournaient dans leur exploitation, les adaptaient, essayaient de nouvelles méthodes, puis revenaient partager leur expérience avec le groupe de formation, en présentant ce qu’ils avaient fait et en vérifiant que tout était correct. Ils étaient très motivés et ravis d’apprendre de nouvelles techniques. » 

Contrairement à l’intérieur du pays, les agricultrices sont minoritaires dans la région côtière du Suriname mais certaines d’entre elles sont des pionnières de l’agriculture climato-intelligente. Bianca Jagroe-Graanoogst est l’une des deux femmes à avoir suivi la formation au Mexique, et désormais elle économise pour acheter sa propre serre. Elle examine les différentes pistes de collecte de fonds pour qu’elle et d’autres agricultrices puissent acheter plus de serres. « Au début, très peu de femmes étaient impliquées dans le projet, car la région compte davantage d’agriculteurs masculins. Mais maintenant qu’elles en ont observé les bénéfices, plus de femmes souhaitent participer. Bianca est notre agricultrice star ! », plaisante Haidy. 

L’agriculture intelligente face au climat nous facilite aussi la vie. « J’ai plus de temps à consacrer à d’autres projets », explique Narinder. « Avant, je devais arroser mes cultures et éprendre l’engrais séparément, mais mon nouveau système d’arrosage combine ces deux tâches. Je dois juste enclencher la pompe et tout se met en route ! ».  

La première phase du projet est terminée et la suivante est déjà en cours. « Désormais, nous nous tournons vers la diversification », explique Haidy. « Quelques agriculteurs sont en train de se lancer dans l’apiculture. Le littoral est une région propice aux abeilles grâce au nectar des mangroves. Nous entendons augmenter le nombre de ruches et introduire l’apiculture dans les régions agricoles. »  

 

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Irrigation ponds at the Climate Smart Agriculture project in Suriname
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Drip feed irrigation system inside one of the hi-tech greenhouses.
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