Les réfugiés climatiques de la Venise africaine

 

La côte atlantique du Sénégal souffre de certaines des pires érosions et élévations du niveau de la mer au monde. Des villages ont déjà disparu sous les vagues et des centaines de milliers de personnes risquent de devenir des réfugiés climatiques.

 

Les résidents de Saint-Louis, sur la côte atlantique du Sénégal, mènent une existence incertaine. Avec l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière, l’océan est littéralement à leur porte. Le littoral est jonché de décombres de maisons, bureaux et lieux de travail qui s’enfoncent lentement dans la mer. La principale piste côtière est régulièrement inutilisable et de longs tronçons ont été reconstruits. À certains endroits, les plages disparaissent au rythme de deux mètres par an. Ce n’est pas un hasard si cette ville – qui compte près de 230 000 habitants – est surnommée la « Venise de l’Afrique ».

 

Depuis des siècles, la ville de Saint-Louis est protégée des vagues violentes de l’océan Atlantique par la Langue de Barbarie, une étroite péninsule de 30 kilomètres de long située à l’embouchure du fleuve Sénégal et dont une partie est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais désormais, ce cordon littoral sableux de basse altitude disparaît lui aussi rapidement, victime à la fois du changement climatique et de problèmes d’origine humaine tels que l’extraction illégale de sable et le surdéveloppement. En 2003, un plan d’aide aux victimes d’inondations – qui partait d’une bonne intention mais était mal conçu – a fini par couper la péninsule en deux : ce qui était au départ un canal de quatre mètres de large s’étend aujourd’hui sur plus de quatre kilomètres.

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Aujourd’hui, la partie méridionale de la Langue de Barbarie est une île et le village de Doune Baba Dieye est immergé sous plus d’un mètre d’eau. Les villageois sont devenus des réfugiés climatiques et sont contraints de vivre dans des camps temporaires sur le continent. Ils n’ont pas seulement perdu leur maison, l’eau salée a aussi contaminé leurs terres et chassé les poissons d’eau douce.

 

Lancé en 2014 avec un financement européen de 4 millions d’euros, le programme de gestion intégrée des zones côtières (GIZC), financé par l’initiative phare de l’UE « Alliance mondiale contre le changement climatique (AMCC) », vise à inverser certains des pires effets de l’élévation du niveau de la mer et à aider les habitants de Saint-Louis et des environs à devenir plus résilients.

 

« Nous avons travaillé avec des ONG et des groupes d’entreprises pour créer le projet », explique Dior Sidibé, le gestionnaire du projet GIZC au ministère de l’environnement. « Jusqu'à présent, nous avons planté au moins 276 hectares de casuarinas et 260 hectares de mangroves dans les régions de Petite Côte, Saint-Louis et Casamance. Nous avons également réalisé des travaux d’infrastructure et d’ingénierie, tels que des brise-lames, épis et digues rocheux, et nous avons développé un système d’information géographique (SIG) pour suivre les effets du changement climatique. »

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Le sort des personnes qui vivent et travaillent sur la Langue de Barbarie a attiré l’attention de la communauté internationale. L’an dernier, le président français Emmanuel Macron et le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim se sont tous deux engagés à débloquer 42 millions d’euros pour lutter contre l’érosion côtière dans la région de Saint-Louis.

 

« La reconstruction des plages et le reboisement sont essentiels », explique Dior Sidibé. « Un écosystème de mangrove sain joue un rôle primordial dans la préservation et la régénération de la biodiversité, notamment en empêchant l’eau salée de se répandre dans les terres. Cet écosystème permet également de stabiliser le littoral et de ralentir l’érosion côtière. Même s’il s’agit d’un phénomène naturel, l’érosion côtière est accentuée par l’activité humaine. Si vous traversez la zone côtière, vous verrez qu’elle est complètement urbanisée et développée. »

 

Enda-Energie, une ONG active dans le domaine de l’énergie et basée à Dakar, comptait parmi les partenaires commerciaux du programme avec l’ONG Wetlands International. « Il est très important d’impliquer les populations locales et de les sensibiliser à la question de la protection du littoral », explique Ndèye Fatou Faye d’Enda-Energie. « Développer ce genre de projet n’a aucun sens si les populations locales ne sont pas impliquées. C’est pour cette raison que nous travaillons avec les communautés de pêcheurs de la Langue de Barbarie et les quartiers de pêche traditionnels de Saint-Louis, tels que Guet-Ndar et Gokhou Mbathie. »

 

Parmi ces communautés de pêcheurs autrefois prospères figure celle de Doune Baba Dieye, qui est aujourd’hui submergée sous l’océan. Le chef du village, Ameth Segne Diagne, a vu les membres de sa famille et ses amis devenir des réfugiés climatiques et il est affligé par la disparition des forêts de mangrove qui ont protégé sa maison côtière pendant des générations. Il explique : « Les mangroves peuvent vivre jusqu’à 600 ans. Leurs racines se déploient en profondeur dans le sol, ce qui leur permet de résister aux intempéries et à l’eau salée. Elles adoucissent également les eaux souterraines. Les mangroves sont essentielles pour cette région, elles alimentent toutes les formes de vie. »

 

Liens :

http://www.gcca.eu/fr/programmes/gestion-integree-des-zones-cotieres-du-senegal-etude-approfondie-et-actions-pratiques-de

http://apanews.net/index.php/en/news/senegal-donors-pledge-more-than-cfaf30b-to-save-st-louis

https://www.aljazeera.com/programmes/aljazeeraworld/2018/07/senegal-sinking-villages-180725111837972.html