Réduire les émissions du transport aérien au sol

Et voilà encore un avion qui atterrit sur la piste de l’aéroport international de Piarco sur l’île de la Trinité. Parmi les passagers qui en descendent, des touristes qui ont choisi cette destination de vacances pour ses plages de sable blanc et ses eaux cristallines, mais aussi des travailleurs de l’industrie pétrolière et du gaz.Trinidad and tobago

Parmi les 2,5 millions de passagers qu’accueille chaque année l’aéroport de Piarco, très peu ont probablement conscience des énormes quantités d’électricité dont un aéroport, même de petite taille comme celui-ci, a besoin pour fonctionner. Au moment où l’avion se dirige vers la porte de débarquement qui lui a été assignée, les passagers peuvent entrapercevoir plusieurs grands panneaux photovoltaïques dans le voisinage de l’aéroport, signe que la révolution des énergies renouvelables est en marche.

« La facture énergétique est un problème majeur pour la plupart des petits États insulaires en développement (PEID) », souligne Jane Hulpe, directrice adjointe responsable de l’environnement à l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). « Réduire les émissions du transport aérien peut donc apporter de réels avantages économiques et environnementaux. Si nous avons déjà une bonne vision de l’économie des compagnies aériennes et des grands aéroports, le fonctionnement économique des petits aéroports, comme ceux des PEID, souvent de petite taille, est moins connu. Ce que l’on sait, c’est que l’énergie représente une grande partie de leurs coûts et toute mesure visant à réduire leur facture énergétique est donc bonne à prendre. »

Le projet « Solar at Gate » (SAG) de l’OACI (ou photovoltaïque au sol) vise à réduire les émissions de CO2 générées par la production d’électricité à partir de combustibles fossiles en utilisant l’énergie solaire pour le conditionnement d’air et d’autres services et opérations au sol – pendant une heure environ pour les vols intérieurs et deux heures pour les vols internationaux. Le photovoltaïque au sol réduit considérablement les quantités de dioxyde de carbone émises par les avions en stationnement. Avant le redécollage de l’avion, les systèmes embarqués et de refroidissement sont actuellement alimentés par des groupes auxiliaires de puissance (auxiliary power units, APU) qui utilisent le kérosène de l’avion ou des groupes de parc fonctionnant au diesel.trinidad and tobago
 
Le projet SAG a été lancé à l’échelle pilote à l’aéroport international Norman Manley (Jamaïque), et a ensuite été testé aux aéroports de Mombassa (Kenya) et de Douala (Cameroun). C’est aujourd’hui au tour de l’aéroport international de Piarco de bénéficier du photovoltaïque au sol.    Au terme d’une étude de faisabilité et d’une procédure de consultations intensive, cet aéroport a en effet été sélectionné dans le cadre d’un projet européen de 4 millions d’euros – financé par l’Alliance mondiale de lutte contre le changement climatique Plus (AMCC+) – qui vise à aider Trinité-et-Tobago à respecter sa contribution déterminée au niveau national (CDN).

« Pour mettre en œuvre un projet de réduction des émissions de CO2, il y a lieu d’utiliser une méthodologie harmonisée et comparable, afin de pouvoir tirer des enseignements du projet et faciliter ensuite un déploiement sur un autre site », explique Jane Hulpe. « Nous avons donc mis au point une méthodologie qui met clairement en avant les quantités d’émissions réduites. L’idée est que les gens puissent facilement se faire une idée des coûts, des avantages et des travaux que cela implique, l’installation n’est pas très compliquée. Nous voulons convaincre d’autres aéroports que le photovoltaïque au sol peut vraiment les aider. »

« Un projet pilote de photovoltaïque au sol vise toujours à dégager des enseignements et à mettre au point une méthodologie qui pourra être facilement déployée dans d’autres aéroports du monde entier. L’installation photovoltaïque au sol de l’aéroport international de Piarco en est une parfaite illustration. L’évaluation que nous avons réalisée a montré qu’il était possible d’utiliser les énergies renouvelables au sol, en reproduisant le projet pilote. Nous nous réjouissons de voir que Piarco s’est lancé dans l’aventure. »

Malgré la simplicité apparente du déploiement du photovoltaïque au sol, il ne s’agit pas seulement d’installer des panneaux solaires et de raccorder l’installation aux portes d’embarquement. La sécurité est une priorité : il faut ainsi éliminer tout risque d’éblouissement de l’équipage par les panneaux photovoltaïques, au décollage comme à l’atterrissage. Il convient aussi d’analyser le rapport coût-bénéfice, qui doit être clairement favorable. Ce fut le cas pour l’aéroport de Piarco, qui consomme actuellement 20 000 mégawatts d’électricité par an. « Nous nous employons aussi à sensibiliser les PEID d’Asie et du Pacifique aux avantages du SAG », poursuit Jane Hulpe. « Plus il y aura de projets, plus les coûts diminueront. En deux ans, ils ont déjà été divisés par deux, et c’est également le cas de la surface d’installation nécessaire. Nous nous améliorons en permanence. »

Les avantages du photovoltaïque au sol ne se limitent pas à la réduction des coûts et des émissions. Son déploiement encourage les investissements dans l’économie locale, aide les pays à diversifier leurs sources d’énergie et à manifester concrètement leur engagement en faveur de la lutte contre le changement climatique. Et, selon Jane Hulpe, le fonctionnement des aéroports peut également s’en trouver amélioré.

Elle ajoute : « Nous voulons aussi privilégier l’aspect humain. C’est bien beau de planifier un projet, mais ce qui me donne le plus de satisfaction, c’est d’aller sur place voir ce qui se passe concrètement. Il faut veiller à développer les capacités pour faire en sorte que le personnel soit préparé à poursuivre le travail une fois le projet terminé. J’éprouve une grande satisfaction lorsque le personnel local s’approprie vraiment le projet, je sais alors que la relève sera assurée une fois ma mission terminée. »
 

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