Rwanda: s’attaquer au changement climatique, une cuisine à la fois

À quelques kilomètres de route de Kigali, la capitale rwandaise, se trouve l’usine Ruliba Clays, coincée entre une autoroute très fréquentée et la rivière Nyabarongo. Ici, entre les gigantesques piles de tuiles pour toiture, de briques et de pavés, une révolution silencieuse est en train de se produire. Une révolution qui pourrait bien transformer la vie de milliers de femmes tout en s’attaquant au problème de la déforestation chronique au Rwanda.

Des douzaines de fourneaux à bois améliorés, économes en énergie, sont alignés, prêts à être distribués aux ménages des quatre coins du pays. Grâce à un isolant spécial, composé de déchets de coques de café et d’argile, ces fourneaux améliorés utilisent environ 60 pour cent de bois en moins que les feux ouverts traditionnels. Dans un pays où plus de huit ménages sur dix dépendent du bois ou du charbon pour cuisiner, cette économie n’est pas négligeable.

Clean fuel cooking stoves at the Kigeme refugee camp, Rwanda
 @UNHCR/Eugene Sibomana

Le gouvernement du Rwanda s’est engagé à supprimer progressivement l’utilisation du charbon d’ici 2030 – non seulement pour protéger les célèbres forêts tropicales du pays mais aussi pour améliorer la santé des femmes, qui cuisinent et vivent dans des pièces souvent enfumées par les émanations toxiques. D’après certaines estimations, il serait pire d’inhaler ces émanations que la fumée secondaire rejetée par des centaines de cigarettes par jour. Le programme phare de l’UE pour le climat, l’AMCC+, finance depuis cette année un nouveau projet à hauteur de 5 millions d’euros, qui vise à créer une chaîne de production et de distribution durable pour ces fourneaux améliorés.

« Je suis très contente de ce nouveau fourneau. Désormais, j’utilise moins de bois et ma cuisine est beaucoup moins enfumée », explique Veneranda Mutuyimana, du secteur de Mayange, au Rwanda, qui a bénéficié d’un projet de distribution de fourneaux dirigé par une ONG locale. « Nous encourageons d’autres familles à utiliser ce fourneau pour cuisiner de manière plus saine et protéger nos forêts. »

Beátha Uwitije, une mère de quatre enfants du secteur de Nyarugenge, confirme : « À présent, je n’utilise plus qu’un tiers de la quantité de bois que j’utilisais avant pour cuisiner. En plus, je contribue à protéger les forêts environnantes. En outre ce fourneau dégage moins de fumée. La préparation des aliments est maintenant plus facile et les repas sont meilleurs. »

Le nouveau projet de l’AMCC+, qui durera jusqu’en 2024, entend augmenter sensiblement la fabrication, la disponibilité et l’utilisation de fourneaux améliorés à travers le Rwanda. La grande majorité des femmes sont toujours contraintes d’aller chercher du bois quotidiennement et de cuisiner au-dessus de feux ouverts qui dégagent des fumées toxiques.

Le nouveau projet s’intitule « AMCC+ - Réduire l’impact climatique de la cuisine au Rwanda grâce à des systèmes de cuisson améliorés » et vise à soutenir la transition, à l’échelle du pays, vers des systèmes de cuisson plus économes en énergie. Le projet a donc décidé d’adopter une double approche, reposant à la fois sur des appareils de cuisson plus efficaces (cuisiner plus avec les mêmes ressources) et sur l’approvisionnement en combustible (utiliser moins d’énergie primaire et privilégier les sources durables).

Claudine Nyirambabazi vit à proximité du parc national des volcans, qui abrite les célèbres gorilles de montagne et singes dorés. « J’ai une très mauvaise vue. Parfois, je ne vois plus rien du tout à cause de toute cette fumée dans les yeux », déplore-t-elle. « Mais je dois cuisiner pour mes enfants, je n’ai pas le choix. Je ne peux pas laisser ma famille mourir de faim à cause de mes yeux, mais je suis vraiment très inquiète. »

Equiper une population urbaine en rapide expansion ainsi que les communautés rurales isolées avec des fourneaux propres et bon marché constitue un défi majeur. Des modèles innovants, comme celui d’Inyenyeri, qui entendent remplacer le charbon et le bois à brûler par des pellets de bois, pourrait être une solution. Inyeneri loue gratuitement ses fourneaux, mais facture les sacs de pellets de biomasse à ses clients, qui sont jusqu’à deux fois moins chers que le charbon et utilisent 90 pour cent de bois en moins.

Même si les défis sont bien présents, tout semble indiquer que l’AMCC+, en collaboration avec les communautés, ONG et entreprises locales, pourra – comme le dit Eric Reynolds, le fondateur d’Inyenyeri – « construire un monde plus propre, une cuisine à la fois. »

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