On trouve difficilement plus sec qu’Atsbi Wenberta. Ce woreda – ou district – poussiéreux et isolé de la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie, compte, au total, environ 600 mm de pluie les bonnes années. Et celles-ci sont rares. Le Tigré est l’une des zones les plus arides au monde. La dernière vague de sécheresse y a duré plus de trois ans.

ethiopian farmers
Agriculteurs ethiopiens ©EU

Il est particulièrement difficile de gagner sa vie sur cette terre rocailleuse et sèche. Le sol est gravement dégradé et on ne trouve que quelques arbres rabougris. La plupart des villages sont situés à plus de 2 600 m d’altitude et les pentes abruptes sont si érodées que lorsque la pluie tombe enfin, elle ne fait que ruisseler, causant parfois des inondations soudaines. Rien qu’en 2015-2016, presque la moitié du bétail a ainsi trouvé la mort.

« Quand j’étais jeune, la vie était plus facile », explique Abdella Ali, père de cinq enfants. « Les récoltes étaient abondantes et nous n’avions que peu de problèmes. Les collines et vallées étaient couvertes d’arbres. Mais la situation a commencé à se dégrader progressivement. C’est peut-être notre faute : nous avons rasé la forêt pour le charbon et le bois de chauffage, et pour cultiver plus de terres. Petit à petit, les récoltes ont diminué, et nos repas se sont appauvris. »

Pourtant, malgré ces conditions déplorables, une remarquable success story se dessine peu à peu. Un investissement de l’UE à hauteur de 241 millions d’euros sur dix ans dans le Programme éthiopien de protection sociale fondé sur des activités productives (Productive Safety Net Programme) commence à porter ses fruits.

« J’ai neuf enfants, et autrefois j’étais incapable de les nourrir », explique Lemlem Kahsay, une agricultrice d’Atsbi Wenberta. « Nous croulions sous les problèmes. Parfois, nous ne prenions qu’un repas par jour. Mais le programme de sécurité sociale m’a permis de développer mon exploitation agricole. J’ai acheté une vache et contracté un prêt pour une pompe à eau. »

Le programme offre un emploi aux habitants dans des projets d’infrastructures publiques : systèmes d’irrigation, aménagement de terrasses à flanc de colline, culture d’arbres pour replanter les coteaux déboisés. En échange, les participants sont rémunérés en liquide ou en nature.

Bayray Kahsay (56 ans) dirige une pépinière dans laquelle il cultive de jeunes plants avec son équipe en vue de les replanter et de remplacer ainsi les arbres qui ont été abattus pendant des années pour le bois de chauffage et le charbon. Il est très emballé par le projet. « Ici, dans la pépinière, nous mettons du cœur à l’ouvrage. Nous préparons des millions de jeunes plants. Lorsque nous sommes payés en nature, nous recevons trois kilos de céréales par jour. Et quand nous sommes payés en liquide, nous gagnons 20 birrs [0,80 euros] par jour. « La pénurie de denrées alimentaire se résorbe progressivement. Autrefois, il n’y avait rien ici, à cause de la sécheresse et de la désertification. Tout était sec, mais aujourd’hui la campagne reprend vie. »

Le programme de sécurité sociale s’accompagne de multiples bénéfices. Non seulement les communautés reçoivent des denrées alimentaires et de l’argent en échange de leur travail, mais elles bénéficient aussi de conditions de vie et de travail grandement améliorées. Les villageois ont un meilleur accès à l’eau potable et ils disposent de suffisamment de fourrage pour nourrir leur bétail. Certains diversifient même leurs sources de revenus en se lançant par exemple dans l’apiculture – le miel est le principal produit d’exportation de l’Éthiopie.

Ces huit dernières années, 1,5 million de personnes ont bénéficié du programme de protection sociale de l’UE. Grâce aux denrées alimentaires, aux liquidités et aux formations qu’elles ont reçues, elles sont désormais autonomes et gagnent ou produisent suffisamment pour nourrir leur famille.

Aujourd’hui, Lemlem peut se permettre de sourire en pensant à l’avenir. « J’ai l’intention d’ouvrir une boutique pour vendre mes récoltes. Je souhaite pouvoir vivre confortablement et en paix. Et je peux enfin commencer à gagner de quoi offrir une vie meilleure à mes enfants. »


Liens :
Vidéo : Sécurité alimentaire en échange de travaux publics
https://www.youtube.com/watch?v=XIuFL2nkDR0&t=1s