Cambodge : la vulnérabilité climatique encourage l’adoption de nouveaux budgets

Confronté depuis quelques années à de terribles inondations et sécheresses, le Cambodge a récemment été de nouveau gravement touché par ce type de catastrophe naturelle. Selon un récent rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (3 novembre 2020), plus de 792 000 personnes ont été affectées par les inondations et ont besoin d’assistance humanitaire. Parmi elles, 380 000 sont reconnues comme pauvres et vulnérables.

 

Village

 

Environ 80 % de la population cambodgienne vit en région rurale et environ 50 % travaille dans le secteur agricole, qui reste dépendant de l’irrigation pluviale à 80 %. Selon le ministère de l’agriculture, le riz représente à lui seul environ 26 % du PIB et emploie plus de 3 millions de personnes sur une population totale de 16 millions d’habitants.

Le Cambodge jouit d’une longue expérience en matière de réponse au changement climatique. En 2013, il a été l’un des premiers pays à lancer un examen des dépenses publiques et institutionnelles sur le climat en préparation à un Plan stratégique relatif au changement climatique (CCSP, Climate Change Strategic Plan). Les priorités définies à l’époque ont été réaffirmées en 2015 lors de la préparation de la contribution déterminée au niveau national au titre de l’accord de Paris. Ce processus a impliqué le lancement d’un cadre de financement du changement climatique (CCFF, Climate Change Financing Framework), un instrument révolutionnaire combinant de manière unique une analyse des dépenses liées au changement climatique, une évaluation de l’efficacité de l’adaptation, ainsi que des scénarios de financement pour l’avenir.

L’objectif était d’orienter les futures politiques et dépenses relatives au changement climatique de neuf ministères et agences dans des secteurs particulièrement sensibles au changement climatique et, au bout du compte, de réduire les impacts négatifs de ce phénomène sur l’économie. Ces organisations publiques ont préparé des Plans d’action sur le changement climatique (CCAP, Climate Change Action Plans) totalisant 117 actions, en ce compris des projets d’investissement, des politiques et du renforcement institutionnel.

Dans un deuxième temps, le ministère de l’économie et des finances et le Conseil national du développement durable ont récemment développé un Modèle de l’impact climatique sur la croissance économique (CEGIM, Climate Economic Growth Impact Model), qui évalue les impacts économiques du changement climatique au niveau sectoriel. Le CEGIM et ses prédécesseurs, en ce compris le CCSP, le CCFF et les CCAP, ont été directement soutenus par l’Alliance mondiale contre le changement climatique (AMCC), financée par l’UE.

D’après le CEGIM, le changement climatique devrait ralentir la croissance moyenne du PIB, qui passera de 6,9 à 6,6 % au cours de la période 2017–2050. Le modèle conclut également que mettre davantage l’accent sur l’adaptation devrait permettre d’éviter plus de la moitié des pertes et dommages estimés, sans avoir d’impact majeur sur les investissements en faveur du développement.

Le Cambodge a récemment augmenté son budget dédié à la résilience climatique, qui s’élève désormais à environ 750 millions d’euros, soit une multiplication par quatre au cours des dernières années. Cette hausse montre bien que le pays est conscient des impacts du changement climatique et ne ménage pas ses efforts pour restaurer les infrastructures endommagées par les inondations, trouver des solutions pour les terres agricoles touchées par la sécheresse et soutenir les ménages affectés