Changement climatique au Mozambique : tirer la sonnette d’alarme

 

Le son aigu des sirènes d'alarme interrompt les cours du matin à l'école communautaire de Xai-Xai, au sud du Mozambique. Les élèves quittent rapidement les classes mais dans le calme, et suivent des enseignants qui portent des gilets fluorescents. Ceux-ci les conduisent en lieu sûr.   

Les plus petits s'agrippent aux épaules de l'enfant qui les précède. En file indienne, ils vont se mettre à l’abri sur les hauteurs. Des responsables de l’Institut national de gestion des catastrophes distribuent des bouteilles d'eau pendant que les élèves écoutent attentivement les consignes à suivre en cas d’urgence. Car si aujourd’hui il s’agit d’un exercice, la prochaine fois, cela pourrait bien leur sauver la vie.   

Beaucoup de ces enfants sont trop jeunes pour se souvenir de la dernière fois que Xai-Xai et la province de Gaza (où cette ville se situe) ont été dévastées par des inondations. En 2013, les fleuves Oliphants et Limpopo sont sortis de leur lit après de fortes précipitations et du jour au lendemain, de nombreux habitants de la région sont devenus des réfugiés climatiques. Des ponts ont été emportés par les eaux et la ville s’est retrouvée coupée de tout. La catastrophe avait fait plus de 100 victimes et 200 000 sans-abris.   

« Quand il pleut, les eaux s’accumulent et doivent s’évacuer d’une manière ou d’une autre », explique Chiduache Aderito Orjecuimica, ingénieur hydraulique qui travaille avec la communauté locale. « Si les précipitations se poursuivent, le trop-plein d’eau qui doit sortir finit par créer d’énormes cratères. C'est le début de l'érosion. Si nous nous préparons à ce type de phénomène, nous pouvons en éviter les pires conséquences. Ce type de préparation relève des mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. »   

« Soyons honnêtes, la communauté ne sait pratiquement rien du changement climatique, » poursuit l’ingénieur. « Je dois leur expliquer : le changement climatique commence avec moi, il commence avec vous. Si vous faites ce qu’il faut, si vous adoptez les bonnes méthodes, vous pourrez alors vous adapter au changement climatique. »  

Plus au nord, dans la province côtière de Nampula, de nombreuses maisons ne sont pas assez solides pour résister aux fortes précipitations et aux inondations. Grâce à une formation, les habitants apprennent à construire des maisons en béton et en blocs de pierre. L’idée est qu’ils abandonnent les constructions traditionnelles en bois.   

« L'objectif principal est d'apprendre à la communauté à construire des maisons suffisamment solides pour résister à d’intenses précipitations et/ou à des vents violents – pour éviter qu’un jour ils ne se retrouvent sans-abris, » explique Ramiro Domingos, technicien spécialisé dans la planification et les infrastructures. « Nous voulons ainsi réduire la vulnérabilité de la communauté. » 

De nouvelles maisons ont aussi été attribuées à des membres particulièrement vulnérables de la communauté. « Je m’y sens vraiment très bien, » nous dit Julia Fransisco, une femme âgée qui habite Mutucute. « Contrairement à mon ancienne maison, cette maison-ci ne prend pas l’eau et je reste bien au sec. Je n’ai pas été inondée une seule fois depuis que je me suis installée ici. »     

Dans ce pays et dans cette région, l’AMCC+, le programme-phare de l’UE contre le changement climatique, met l’accent sur le renforcement de la résilience locale au changement climatique par le biais du Programme national d'appui sectoriel (PASA) du Mozambique, qui fait partie du plan national quinquennal de lutte contre le changement climatique. La phase actuelle, qui doit se prolonger jusqu’en 2022, a été lancée à la suite d’un précédent programme couronné de succès de 4,7 millions d'euros et axé notamment sur l’élaboration de plans locaux d’adaptation.   

Paradoxalement, le Mozambique souffre à la fois d’un « trop peu » et d’un « trop plein » d’eau – souvent dans les mêmes régions. Le système d'alerte rapide de Xai-Xai a été installé après une série de très fortes tempêtes tropicales. Ailleurs, c’est la sécheresse qui pose problème, ce qui nécessite une approche différente.    

Water

 

Nous voici à 200 km au nord de Xai-Xai. Balbina Josenacie, une agricultrice, écoute avec un groupe d’autres femmes un exposé sur les cultures résistantes à la sécheresse comme le manioc et la patate douce. Après ce petit cours, elles prennent la direction des champs pour les exercices pratiques. « Les patates douces résistent bien à la sécheresse, elles peuvent survivre sans eau pendant de longues périodes, » explique Balbina, qui vit à Cocoluane, dans la province d'Imhambane. « On a reçu des semences et le soutien d’un expert. Celui-ci nous a expliqué les bonnes pratiques à adopter. Grâce à cela, nous souffrons moins de l’impact des sécheresses et nous avons amélioré nos rendements. »   

La sécheresse suscite aussi énormément d’inquiétudes chez les agriculteurs de la province de Gaza, malgré les fréquentes inondations provoquées les crues du fleuve Limpopo qui traverse la province. Dans le cadre du Plan local d'adaptation, le village de Chitsuluine a installé deux réservoirs à énergie solaire pour l’eau potable et l’irrigation. Plus de 1 300 personnes en bénéficient.   

« A chaque réunion communautaire, les habitants se plaignaient du manque d’eau, » explique Efrainme Anslmocossa, chef du village. « Nous avons donc construit deux réservoirs. Tout le monde s’est impliqué dans ce projet – les habitants, les enfants, les enseignants, les éleveurs. Je pense que ce genre d’initiative rapproche vraiment les gens, cela crée un sentiment d’unité communautaire entre eux. »      

LIEN:

GCCA+ Mozambique - Déserfication