Des femmes associées à la lutte contre les déchets en Gambie

 

gambia

 

Les célèbres marchés alimentaires de Gambie attirent aussi bien les touristes que les locaux. Les nombreux marchés éparpillés autour du Grand Banjul – depuis l’immense marché aux poissons de Bakau jusqu’aux étals de fruits et de légumes d’Abuko – font partie intégrante de la vie quotidienne dans la capitale et aux alentours.

Des petites échoppes extérieures en bois et en tôle – les « cantines » – délimitent habituellement ces marchés, tandis que les étals de viande, de poissons et de légumes sont regroupés à l’intérieur. La plupart des produits sont cultivés par des femmes dans des potagers situés à proximité des marchés.

Le problème est que ces marchés produisent aussi des tonnes de déchets – principalement des déchets organiques mais aussi du plastique, du carton et autres détritus qui atterrissent dans la tristement célèbre décharge non réglementée de Bakoteh.

 

waste

 

Afin de lutter contre le problème des déchets organiques, WasteAid, une ONG implantée au Royaume-Uni, s’est associée au Conseil municipal de Kanifing (KMC) et à la Women’s Initiative The Gambia. Ce partenariat a reçu de l’Alliance mondiale contre le changement climatique Plus (UE-AMCC+) un financement à hauteur de 100 000 euros afin de déployer une approche pilote innovante visant à valoriser ces déchets organiques.

« La région du Grand Banjul est située au bord de la côte. Elle est donc confrontée à un problème supplémentaire : la dispersion et la fuite des substances toxiques de la décharge qui s’infiltrent dans la nappe phréatique et la mer », explique Ingrid Henrys, en charge de la coordination du projet de WasteAid en Gambie. « Avant, les gens brûlaient les déchets et ordures sur le site, provoquant des problèmes de pollution et de dégagement de fumée pour les personnes vivant à proximité, sans compter les essaims de mouches autour des déchets organiques. L’incinération des déchets est aujourd’hui interdite et une clôture a été installée autour de la décharge, pour éviter que les détritus ne débordent. Mais rien n’a encore été fait pour réduire la quantité de déchets organiques abandonnés dans la décharge. »

Au cours de la première phase du projet, les maraîchères qui cultivent des fruits et des légumes pour les vendre au marché apprendront à transformer les déchets organiques en compost.

« C’est vraiment très important d’impliquer les femmes, car ce sont principalement elles qui cultivent les fruits et légumes vendus dans la ville », explique Ingrid. « Nous commencerons par former 30 maraîchères actives dans deux grands potagers urbains. Les femmes elles-mêmes choisiront de participer ou non à l’initiative pilote. Une fois formées, elles pourront transmettre leurs compétences et leurs connaissances à leurs pairs. »

La transformation de déchets organiques en compost permettra aux maraîchères de moins dépendre des engrais chimiques. « C’est en parlant avec elles que nous nous sommes rendu compte que ces engrais chimiques leur coûtaient beaucoup d’argent, alors que leur productivité diminuait d’année en année », explique Lamin S. Sanyang, Directeur des services au KMC. « Passer au compost et aux engrais organiques leur permet non seulement de réaliser des économies, mais aussi d’améliorer la fertilité du sol. »

Ingrid met en avant un autre avantage. « Nous devons aussi protéger la santé des femmes. Celles-ci utilisent souvent ces engrais chimiques sans protection, elles n’ont aucun contrôle sur les substances qu’ils contiennent et ne savent pas vraiment quelles quantités utiliser. »

Le problème des déchets ne date pas d’hier, la Gambie y est confrontée depuis des dizaines d’années. « Un des principaux problèmes identifiés est l’absence de camions et véhicules pour le ramassage des déchets, poursuit Lamin. « Comme il n’y avait pas de véritable système de collecte des déchets, les habitants s’en débarrassaient en les jetant simplement dans la rue et les rivières, une pratique polluante et nocive pour la santé. Certaines communautés incinéraient quant à elles les ordures, mettant en péril leur propre santé. Pendant la saison des pluies, les crues soudaines n’étaient pas rares, car les détritus bouchaient les égouts. Nous avons donc décidé d’agir et avons lancé le projet Mbalit – c’est ainsi que les gens appellent les déchets ici. »

Le programme WasteAid financé par l’AMCC+ s’inscrit dans le prolongement du projet Mbalit. Il assure la récupération des déchets biodégradables de la décharge pour en faire du compost et du biochar – une sorte de charbon de bois issu de la biomasse. Ce « combustible » est ensuite vendu pour être utilisé pour cuisiner.

waste

« Les maraîchères ne sont pas les seules bénéficiaires de cette initiative, les vendeurs des marchés sont également très satisfaits », ajoute Lamin. « Avant, les ordures n’étaient pas toujours ramassées à temps et finissaient par pourrir sur place. Si les déchets sont convenablement gérés et ramassés, les essaims de mouches sont moins nombreux. »

Ce projet pilote n’en est encore qu’à ses débuts – il a été lancé en juillet sur le marché d’Abuko – mais il fait déjà beaucoup parler de lui.

« Les gens se sont empressés de passer le mot, surtout après le lancement officiel », explique Ingrid. « La télévision et la radio locales lui ont consacré des reportages et les réseaux sociaux ont aussi relayé le message – la formation n’a pas encore commencé mais beaucoup de personnes ont déjà manifesté leur intérêt pour cette initiative. La Gambie est un pays majoritairement fondé sur une économie agricole, qui produit énormément de déchets organiques. Beaucoup atterrissent dans la décharge alors qu’ils pourraient être transformés en compost. De nombreux agriculteurs ne compostent pas leurs déchets car ils ne savent pas comment s’y prendre et pensent à tort que cela prend beaucoup trop de temps et exige pas mal d’efforts. Malheureusement, leurs pratiques agricoles actuelles dégradent la qualité du sol. »

La passion d’Ingrid pour la nature et son engagement en faveur de la lutte contre le changement climatique sont contagieux et commencent à gagner les maraîchères.

« Waouh, ce qui a déjà été fait est vraiment formidable. Notre production va augmenter », s’exclame Fatou Ceesa*. « Nous travaillions sur ce potager depuis des dizaines d’années, mais nos niveaux de production sont restés identiques. Grâce à ce projet, notre production va s’améliorer et, avec elle, notre niveau de vie. Nous pouvons à présent obtenir de bons prix pour nos légumes. Cela nous permet d’envoyer nos enfants à l’école et de payer les factures de soins de santé. »

« Je suis passionnée par la protection de l’environnement et de la biodiversité et j’essaie en permanence de nouvelles techniques de compostage chez moi », explique Ingrid en riant. « L’autonomisation des femmes est vraiment quelque chose qui me parle – ce projet répond donc vraiment à tous mes besoins et mes envies ! »

*Nom d’emprunt, pour des raisons de confidentialité.

waste