En Ouganda, les femmes prennent les choses en main – y compris le climat

« Beaucoup de gens considèrent que les fermiers sont des ratés. Ils pensent que les agriculteurs n’ont pas été à l’école et sont incapables de faire un autre métier. Moi, je pense que l’agriculture est une activité commerciale – une activité commerciale qui permet de subvenir à ses besoins et d’assurer l’éducation de ses enfants. Les agriculteurs peuvent offrir à leurs enfants la même éducation que n’importe quel fonctionnaire gouvernemental. »

- Mercy Ssikedi, entrepreneuse du district de Mubende, Uganda

Mercy Ssikedi est une passionnée d’agriculture, et une passionnée des affaires. Femme entrepreneur originaire du district de Mubende, en Ouganda, elle fait partie d’un groupe de femmes de plus en plus nombreuses qui révolutionnent l’agriculture dans ce pays, tout en aidant les agriculteurs à mieux résister aux conséquences les plus néfastes du changement climatique.

Mercy Ssekide
Mercy Ssekide travaillant sur son terrain

Mercy est l’une des milliers de personnes qui ont suivi une formation dans les écoles d’agriculture de terrain (farmer field schools) financées par le programme phare de lutte contre le changement climatique de l’UE, l’AMCC+, en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Dans le cadre de ce programme doté de 11 millions d’EUR, plus de 300 écoles de terrain, auxquelles ont pris part plus de 4000 agriculteurs, ont été mises en place dans toute la région centrale du « corridor du bétail », qui s’étend du sud-ouest au nord-est de l’Ouganda. Ce corridor est extrêmement vulnérable face au changement climatique, car il subit des inondations fréquentes, des sécheresses prolongées et des précipitations imprévisibles.

« Beaucoup d’agriculteurs ne tirent pas de profit de leur travail parce qu’ils ne le voient pas comme une activité commerciale. Ils devraient être passionnés par l’agriculture. Quand j’ai débuté, j’étais locataire, mais maintenant, je possède mon propre terrain. Comment se fait-il que moi, une simple agricultrice, je possède une terre avec un titre de propriété ? » s’amuse Mercy. 

- Mercy s’occupe d’un élevage porcin prospère en plus de ses autres activités agricoles.

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@GCCA+

Mercy a même réussi à convaincre son mari de participer à l’école d’agriculture de terrain. « Pendant la formation, j’ai compris que je devais collaborer avec mon mari pour que mes activités agricoles prospèrent. L’agriculture requiert d’une famille qu’elle travaille ensemble comme une équipe. Si vous ne coopérez pas, vous courez à l’échec. » Mercy et son mari ont désormais des comptes bancaires séparés. « Quand ma femme gagne de l’argent, elle le place sur son compte en banque, tandis que j’ai mon propre compte », explique-t-il. « Deux de nos enfants font des études universitaires, et nous payons chacun la moitié des frais de scolarité. »

« Ce qu’il y a de mieux là-dedans, c’est que le changement climatique nous apporte en réalité certains avantages. Nous avons appris à semer des pâturages et à gérer efficacement le bétail. Nous avons réussi à économiser de l’argent grâce à une augmentation de la production laitière, et nous avons investi cet argent dans des animaux à rendement plus élevé. Aujourd’hui, c’est différent, nous gagnons plus d’argent. »

- Proscovia Nakibuye, du district de Nakaseke, agricultrice qui a participé à des formations dans le cadre des écoles de terrain.

En Ouganda, le programme AMCC+, qui est entré dans sa deuxième phase, œuvre en priorité à améliorer la résilience des ménages ruraux face au changement climatique et à réduire l’insécurité alimentaire. Entre autres projets, il est prévu de construire six réservoirs géants pour abreuver 12 000 têtes de bétail, ainsi que d’installer 300 dispositifs d’irrigation à petite échelle qui profiteront à 25 000 personnes environ. 

Les agriculteurs sont encouragés à s’adapter aux effets du changement climatique en diversifiant leurs cultures et leurs activités génératrices de revenus.

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Betty Ndugga est une femme entrepreneur et une cultivatrice de jeunes plants de caféier qui contribue à relancer le secteur ougandais du café après qu’une maladie a détruit plus de 12 millions de plants. Betty travaillait auparavant à Kampala, la capitale du pays, mais, après le décès de son mari, elle a décidé de renouer avec ses racines – au sens littéral. Elle est revenue dans son village du district de Luwero et a intégré une école d’agriculture de terrain locale, où elle a suivi une formation à la production du café.

Désormais propriétaire d’une pépinière de caféiers florissante, elle a vu son entreprise se développer rapidement. Elle emploie des femmes issues de la communauté locale – dont beaucoup sont veuves, comme elle – pour faire pousser des milliers de plants résistants aux maladies, qu’elle revend ensuite aux agriculteurs locaux. Elle vend également ses plants via la Uganda Coffee Development Authority, qui dispense aux agriculteurs des formations aux bonnes pratiques de production.

Workers at Betty Ndugga's coffee nursery
Travailleuses de la pépinière de caféiers appartenant à Betty Ndugga

« Cette terre appartenait à mes parents, qui sont décédés. Après avoir appris à faire pousser les plants de caféier, j’ai commencé à gérer cette pépinière comme une entreprise commerciale. Je voulais être en mesure de subvenir aux besoins de ma famille, car je suis veuve. »

Betty raconte en inspectant fièrement la pépinière, qui s’étend presque à perte de vue.

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@GCCA+

D’autres femmes ont diversifié leurs activités en y intégrant la production de champignons, de miel, de bananes et de volailles, ainsi que d’autres nouvelles entreprises destinées à produire des revenus supplémentaires. L’une des clientes de Betty est Zaam Namutaane, une cultivatrice de café qui vient d’acheter 250 jeunes plants de caféier. « Ils commenceront à produire des graines après deux ans environ », précise-t-elle.  « Je pourrai alors augmenter mes revenus et satisfaire les besoins de base de ma famille. Je pense que l’avenir s’annonce prometteur. »

De nombreuses interventions d’adaptation au changement climatique sont en effet planifiées, parmi lesquelles la construction de six réservoirs d’eau de vallée qui permettront d’abreuver 12 000 têtes de bétail environ, la distribution de 5000 cuisinières économes en énergie et l’installation de 300 dispositifs d’irrigation à petite échelle qui profiteront à 25 000 personnes dans les neuf districts bénéficiaires visés.

AMCC+ Ouganda

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