La jeunesse nigériane : atout ou obstacle ?

 

Dans les années 1990 et 2000, les défenseurs de la justice climatique étaient souvent considérés comme des bonimenteurs de la société civile prônant des idées irréalistes. Aujourd’hui, en 2020, la justice climatique est devenue une pierre angulaire de la politique climatique. L’expression « transition juste » sous-tend l’ambition du pacte vert pour l’Europe d’arriver à une économie neutre en carbone d’ici 2050. Qu’est-ce qui a changé ?

Au-delà du casse-tête politique de la répartition du budget carbone entre les pays, le problème de l’inégalité face au changement climatique est de plus en plus perçu comme un problème d’inégalité entre les générations. Vu sous cet angle, il trouve un écho chez les jeunes du monde entier. Pour faire simple, disons que, quand ils ont le choix, les adultes d’aujourd’hui préfèrent encore se déplacer seuls dans une voiture climatisée plutôt que prendre un bus surchauffé, un train ou marcher, manger leurs légumes préférés tout au long de l’année sans se soucier de leur origine ou encore payer relativement moins cher pour une électricité issue de sources fossiles. Ils attachent plus d’importance au bénéfice direct de ces actions qu’au bien-être futur de leurs enfants et petits-enfants. Alors qu’il nous reste moins de 10 ans pour inverser la tendance et éviter les impacts les plus dévastateurs du changement climatique, des millions de jeunes considèrent que ces attitudes sont complètement dépassées et accusent les dirigeants d’aujourd’hui de leur voler leur avenir.

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Prenons l’exemple du Nigéria, le pays le plus peuplé et le plus riche d’Afrique. Malgré ses abondantes ressources gazières et pétrolières, ce pays à faible revenu souffre d’une vision politique à court terme et d’une gouvernance questionnable. Sa population de 208 millions d’habitants devrait doubler d’ici 2050, tandis que sa capitale, Lagos, devrait compter pas moins de 100 millions d’habitants d’ici 2100. Aujourd’hui, plus de 60 % des Nigérians ont moins de 25 ans et 43 %, moins de 14 ans – un taux ahurissant. Ce nombre très élevé de jeunes constitue un atout majeur, pourvu qu’ils acquièrent via l’enseignement et les formations les compétences nécessaires pour devenir des générateurs de revenus soucieux du climat dans une économie à croissance rapide et en pleine modernisation. Si le changement climatique et ces nouvelles compétences ne sont pas intégrés à leur éducation, cet atout se transformera en véritable bombe à retardement sur le plan de la consommation.

Sur le plan politique, un projet majeur de loi sur le changement climatique se fait attendre depuis plus de deux ans. Des partenariats internationaux, comme la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, mettent en œuvre des programmes qui forment les diplômés universitaires, y compris les femmes, à influencer efficacement les politiques. Mais, de manière générale, c’est la société civile qui assure la sensibilisation au changement climatique, en raison du manque de financement de l’éducation.

Des organisations de jeunes, comme l’International Climate Change Development Initiative Africa (ICCDIA), prennent l’initiative au niveau local, en développant par exemple le Teach Recycling Early Manual sur la gestion des déchets, l’un des problèmes urbains les plus urgents au Nigéria. Une hausse des financements nationaux et internationaux pourrait aider à élargir l’offre de formations pratiques à travers le pays, renforçant ainsi la demande pour des changements plus profonds au niveau des politiques nationales alors que les adolescents deviendront des adultes. Comme le dit l’ICCDIA : « les adolescents sont l’avenir de notre monde et notre survie dépend d’eux. »