La révolution des énergies nouvelles à Cuba

 

La révolution des énergies renouvelables est à l’œuvre à Cuba. Le pays s’est en effet engagé à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre en produisant, d’ici à 2030, près d’un quart de son électricité à partir de sources renouvelables. Pour cela, il s’est lancé dans un projet ambitieux visant à augmenter la production de biogaz.

Pendant des dizaines d’années, Cuba a importé à bas prix du pétrole vénézuélien pour faire fonctionner ses centrales électriques, mais la crise climatique a clairement montré que le pays devait opter pour une solution à la fois nationale et plus durable. À eux seuls, les secteurs de l’énergie et de l’agriculture sont responsables de plus de 90 % des émissions de gaz à effet de serre (GES).

 

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« Le biogaz est extrêmement important pour assurer la sécurité énergétique de Cuba », explique Luis Cepero Casas, chercheur à la station expérimentale Indio Hatuey pour les pâturages et les cultures fourragères, qui est rattachée à l’université de Matanzas. « Premièrement, car il est à la fois produit et utilisé au niveau local. Il s’inscrit dans l’économie circulaire tout en apportant des avantages sur les plans environnemental, économique, social et énergétique. Mais il nous permet surtout de diminuer nos importations de combustibles fossiles. Selon nos estimations, le biogaz peut générer plus de 245 GWh d’électricité chaque année, ou permettre, via son utilisation, d’économiser une quantité équivalente d’énergie. »

Luis Cepero est membre d’une équipe d’experts en biogaz qui travaillent à la station Indio Hatuey. Il se concentre actuellement sur le programme de développement durable à faible intensité de carbone de l’Alliance mondiale contre le changement climatique de l’UE (UE-AMCC+). Ce projet, financé à hauteur de 4,4 millions d’euros, vise à promouvoir l’utilisation de la bioénergie dans la municipalité rurale de Marti, dans la province de Matanzas. Marti compte déjà un biodigesteur, qui vient d’être installé, et un deuxième devrait être bientôt opérationnel. Le potentiel de production de ces deux biodigesteurs est évalué à 4 500 m3 de biogaz par jour.

 

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« L’utilisation du biogaz s’est réellement développée à Cuba ces dernières années, » explique-t-il. « Le MUB, le mouvement des utilisateurs de biogaz, est bien implanté, un peu partout sur l’île, même si la plupart des usines à biogaz ont été installées dans les zones agricoles, au bénéfice de ce secteur. Les petites exploitations agricoles paysannes totalisent environ 98 % des biodigesteurs du pays. »

Même si des projets prévoient l’installation d’environ 500 usines de biogaz alimentées par les déchets des distilleries, des conserveries, des raffineries de sucre, des abattoirs et de l’industrie des pâtes et papiers, le ministère des mines et de l’énergie entend surtout miser sur les biodigesteurs utilisant du purin et du lisier. Mais au moins 7 000 unités supplémentaires devront être installées pour que le pays atteigne ses objectifs en matière d’énergie renouvelable.

« Si les usines de biogaz réduisent les émissions de CO2, c’est principalement car elles reposent sur une technologie à cycle fermé. Elles ont toutefois un autre avantage majeur », explique Luis Cepero. « Elles produisent des bio-engrais, un sous-produit qui peut remplacer les engrais chimiques. L’engrais biologique produit dans les usines de biogaz est d’origine naturelle et n’émet pas de gaz polluants. En outre, aucun combustible n’est nécessaire pour en obtenir ou en fabriquer. »

Cette approche associant agroécologie et réduction des GES est précisément au cœur du programme de l’AMCC+ dans la municipalité de Marti. Celui-ci sera mis en œuvre jusqu’en 2024 et devrait cibler 22 000 bénéficiaires. En plus de promouvoir l’utilisation accrue de biogaz au sein des ménages et dans les exploitations agricoles, le projet entend aussi utiliser le biométhane pour alimenter les bus dans cette région confrontée à des problèmes d’accès en raison d’un réseau de transports publics peu développé.

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« Les petites installations familiales de production de biogaz sont faciles à construire et à assembler. Cela peut se faire au niveau local », ajoute Luis Cepero. « À Cuba, nous disposons d’une série de modèles éprouvés qui peuvent être adaptés en fonction des matériaux disponibles. De nombreuses personnes ont déjà suivi une formation à la conception et à la construction de petites installations de biogaz, même si des pénuries de matériaux de construction ralentissent parfois le processus. »

Alors que plus de deux tiers de la population cubaine utilise toujours l’électricité pour cuisiner, la production de biogaz au niveau des ménages pourrait changer les choses. Dans la ville voisine de Jovellanos, la famille Correa cuisine au biogaz depuis déjà trois ans.

« Nous possédons un biodigesteur qu’un membre de la famille alimente chaque jour, à tour de rôle », explique Héctor Correa, qui gère l’exploitation familiale « Finca Coincidencia » avec sa femme et ses deux fils. « Le biodigesteur utilise au moins 210 kg de lisier et de fumier produits par nos vaches et nos porcs. Grâce à celui-ci, nous avons sensiblement réduit notre consommation d’électricité dans la ferme et avons ainsi économisé de l’argent. Contrairement à l’électricité, le biogaz est toujours disponible. »

« Le biodigesteur produit suffisamment de gaz pour que nous puissions nous chauffer, cuisiner et garder au frais les aliments de la famille, mais notre production nous permet également de préparer repas et boissons pour la demi-douzaine de personnes qui travaillent dans notre exploitation », explique Odalis, la femme d’Héctor.

Mais les avantages ne se limitent pas à cela. « Nous utilisons tous les effluents et les bio-engrais produits dans le biodigesteur pour fertiliser nos terres », ajoute Héctor. « Cela nous permet de produire en cycle fermé et d’économiser de l’argent, puisque nous ne devons plus acheter d’engrais chimiques. Les aliments que nous produisons sont donc aussi plus sains. Je suis vraiment heureux d’apporter ma petite contribution à la réduction des gaz à effet de serre et à l’amélioration de l’environnement. »

De retour à la station de recherche Indio Hatuey – du nom d’un chef autochtone qui a combattu les conquistadores espagnols au début du XVIe siècle –, Luis Cepero et son équipe intensifient eux aussi leur lutte contre le changement climatique.

« J’ai vraiment bon espoir que Cuba réussisse sa transition vers les énergies propres dans le futur », affirme-t-il. « On constate clairement que notre pays est de plus en plus sensibilisé à la nécessité d’utiliser des sources d’énergie renouvelables, aussi bien au niveau de l’État que des ménages et des habitants. Cuba possède un énorme potentiel dans le domaine des énergies renouvelables, qui ne se limite pas au biogaz mais s’étend à l’énergie solaire, éolienne, marémotrice et géothermique, en passant par la biomasse et les petites centrales hydroélectriques. En combinant toutes ces ressources, nous avons la garantie que les besoins énergétiques de Cuba seront toujours couverts. »