L’avenir du Sahel

La masse terrestre de 3 000 km2 qui jouxte le sud du Sahara, la région du Sahel et les pays limitrophes constitue l’une des bandes de terre les plus pauvres et les plus dégradées de la planète. Le Sahel s’étend du Sénégal à l’Érythrée et à Djibouti, sur la mer Rouge. Dans cette zone semi-aride, le changement climatique est déjà une réalité. L’augmentation des températures devrait y être 1,5 fois plus importante qu’ailleurs dans le monde. La vulnérabilité des populations démunies au changement climatique est encore aggravée par leur forte dépendance à l’égard de l’agriculture pluviale, pour leur sécurité alimentaire comme pour leurs moyens d’existence.

Niger

 

Cette région est déjà le théâtre de crises humanitaires chroniques dues aux sécheresses récurrentes, aux inondations, à l’insécurité alimentaire, aux épidémies et aux conflits violents. Le raccourcissement de la saison des pluies, l’allongement de la saison sèche et la désertification intensifient la concurrence pour l’accès aux ressources naturelles limitées et réparties de manière inégale. D’où une aggravation des conflits. En juillet 2021, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCNUR) a déclaré que 3 millions d’habitants avaient fui leur pays à la suite de l’intensification des conflits, dans une région allant de l’Éthiopie au Burkina Faso. Dans le Sahel occidental, 2 millions de déplacés sont en outre dénombrés rien qu’au Burkina Faso, au Mali et au Niger. En août 2021, le Programme alimentaire mondial a averti que, dans ces trois pays, 14,5 millions d’habitants avaient besoin d’une aide alimentaire urgente.

Par le biais de programmes tels que l’UE AMCC+, l’Union européenne a apporté un soutien important au renforcement de la résilience sociale et environnementale au changement climatique. La région – et même le monde – a en outre placé ses espoirs d’un avenir durable dans une initiative ambitieuse, portée par l’Afrique, visant à construire un « mur végétal » sur toute la longueur du Sahel. La Grande muraille verte (GMV), lancée en 2007, était initialement axée sur le reboisement. L’initiative a évolué et inclut désormais un ensemble complexe d’outils écologiques, sociaux et économiques et de partenaires visant à créer une « mosaïque d’écosystèmes verts et productifs » capables de s’adapter pour faire face aux aléas climatiques et aux événements météorologiques extrêmes. L’UE a promis d’affecter au moins 80 millions d’euros pour soutenir la restauration de 100 millions d’hectares de terres dégradées, la séquestration de 250 millions de tonnes de carbone et la création de 10 millions de nouveaux emplois verts.

En 2020, les Nations unies ont indiqué que l’objectif de restauration des terres fixé par la GMV pour 2030 était très loin d’être atteint, 4 millions d’hectares seulement ayant été restaurés. Le manque de financement et un déploiement trop limité comptent parmi les principaux défis. Lors du One Planet Summit de janvier 2021, les bailleurs ont promis de lever 14,3 milliards de dollars (11,8 milliards d’euros) au cours des cinq prochaines années pour aider le continent à passer à une gestion des terres durable et intégrée. L’amélioration du développement agricole et rural, la sécurité alimentaire, la conservation de la biodiversité et une utilisation plus durable des ressources auront aussi un effet favorable sur une série de facteurs clés à l’origine des conflits et des migrations. La mise en œuvre réussie de la GMV n’est donc pas uniquement une priorité pour l’Afrique, mais aussi pour le monde entier.

Lien: 

Revue des enjeux climatiques de l'UE AMCC+ N°8: Quel est l'avenir du Sahel ?