L’impact du coronavirus sur le financement de l’action climatique

 

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A l’heure où il est plus urgent que jamais d’augmenter le financement de l’action climatique, il peut sembler catastrophique que les sources de financement public de la lutte contre le changement climatique se tarissent. Dans cette édition, nous passerons en revue les nombreuses raisons de considérer avec optimisme l’avenir du financement de l’action climatique, en particulier à l’ère post-COVID-19.

La capacité des gouvernements à réunir des montants colossaux pour l’aide d’urgence prouve qu’avec la volonté nécessaire, il est toujours possible de lever des fonds. La probabilité scientifique d’une grave pandémie de grippe est connue depuis des dizaines d’années. En 2015, une commission créée par la National Academy of Medicine américaine après l’épidémie d’Ebola a estimé qu’un investissement mondial de 4,5 milliards de dollars permettrait de minimiser les risques de future pandémie. Mobilisés en partie seulement et trop tardivement, ces fonds paraissent bien insignifiants face au coût total de la réponse à la COVID. En juin 2020, les plans de relance face à la COVID-19 avaient à eux seuls dépassé les 15 000 milliards de dollars.

Depuis 2016, l’Agence internationale de l’énergie plaide pour des investissements annuels à hauteur de 1 500 milliards d’ici 2030 rien que dans le secteur de l’énergie pour répondre aux objectifs de l’accord de Paris. En 2018, cependant, les flux totaux de financement de l’action climatique ont atteint 579 milliards de dollars, dépassant ainsi pour la première fois la barre des 500 milliards – un chiffre qui reste bien en-deçà des niveaux requis. Si la COVID-19 a bien prouvé une chose, c’est que le coût de l’inaction dépasse largement celui de l’action.

L’ampleur des financements disponibles offre l’opportunité de rendre irréversible la transition écologique, un objectif que le plan de relance Next Generation EU, à hauteur de 1 800 milliards d’euros, entend bien atteindre. Ce train de mesures est axé en priorité sur la neutralité climatique et la numérisation, conformément à la voie déjà tracée dans le pacte vert pour l’Europe, et définit un point de départ à suivre.

La COVID-19 n’a pas affecté tous les pays et toutes les communautés de manière égale. En effet, les chocs externes, comme le changement climatique et le coronavirus, touchent plus durement les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables et exacerbent les inégalités préexistantes. Dans un monde déjà frappé par les impacts irréversibles du changement climatique, les perturbations majeures des chaînes d’approvisionnement mondiales causées par la pandémie ont entraîné la perte d’environ 495 millions d’équivalents temps plein, le plus souvent des emplois mal rémunérés. En 2020, la Banque mondiale estime que bon nombre des acquis en matière de développement engrangés depuis 1990 seront anéantis, tandis qu’environ 150 millions de personnes replongeront dans l’extrême pauvreté.

Avant la COVID-19, de nombreux pays à faible revenu étaient déjà extrêmement endettés et pouvaient difficilement soutenir les ménages et secteurs vulnérables, sans parler de contribuer aux investissements en faveur du climat. Les 1 000 milliards de dollars dégagés par la communauté internationale pour soutenir la relance post-COVID dans les pays à faible revenu seront accordés en priorité à bon nombre de pays qui sont aussi les plus vulnérables face au changement climatique. Avec les pays les moins développés et de nombreux petits États insulaires en développement, les partenaires du développement devraient insister pour que cette relance réponde aux objectifs de résilience et de croissance durable et soutenue.

Dans une perspective d’avenir, les fonds de relance investis dans des objectifs de réduction des émissions de carbone et de résilience climatique partout dans le monde devraient être comptabilisés comme des financements de l’action climatique. Après la crise financière et économique de 2008–2009, la Chine et les États-Unis ont investi massivement dans l’énergie éolienne et solaire dans le cadre de leurs plans de relance, réduisant ainsi sensiblement le coût de ces technologies. Durant plusieurs années, des flux de financement de l’action climatique plus élevés que la moyenne ont été enregistrés. Et, aujourd’hui, le résultat est que les énergies éolienne et solaire sont au même prix que l’électricité conventionnelle.

Les États devraient anticiper la croissance des niveaux de financement de l’action climatique.  Pour ce faire, les gouvernements peuvent déployer des politiques robustes et des instruments de gestion des finances publiques : investissements directs, financements mixtes, partenariats  public-privé, taxonomies, tarification du carbone... Au titre de la coopération internationale, les partenaires du développement se doivent d’atteindre l’objectif de financement de l’action climatique à l’horizon 2020, en toute transparence et dans les délais.

Enfin, les flux internationaux de financement de l’action climatique doivent continuer à augmenter, même si les budgets d’aide publique au développement (APD) sont convoités par des ministères et agences nationaux obligés de se serrer la ceinture. Les objectifs d’APD sont liés aux objectifs de revenu national brut (RNB) et, compte tenu de l’effondrement de ce dernier en 2020, de nombreux pays en développement peuvent s’inquiéter de voir fondre le financement de l’action climatique. Une telle baisse est impensable, car le fragile système climatique dont nous dépendons tous repose sur le déploiement du développement durable partout dans le monde.

Il ne fait aucun doute que la relance offre l’opportunité d’augmenter les financements en faveur du climat et de renforcer l’action climatique. Il revient aux gouvernements  de la saisir.