Madagascar : apprendre à l’école pour expliquer à la maison

 

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Un champ au milieu des Hautes Terres de Madagascar ne correspond pas véritablement à l’image que l’on se fait d’une salle de classe traditionnelle. Et pourtant, les élèves qui travaillent au milieu des plants de riz, de l’eau jusqu’aux genoux, apprennent de précieuses leçons sur l’agriculture durable – des enseignements qu’ils transmettront aux agriculteurs locaux. Comme le dit un vieux proverbe malgache « L'éducation est l'héritage le plus précieux ».

Près de 2000 collégiens de 12 Collège d’Enseignement Général (CEG) de la région de Vakinankaratra ont bénéficié d’un nouveau projet sur l’agriculture climato-intelligente, le projet Manitatra 2, financé par l’AMCC+, l’initiative phare de l’Union européenne dans la lutte contre le changement climatique. « Nous avons ajouté l’agro-écologie aux programmes scolaires pour familiariser les enfants à l’agriculture durable dès leur plus jeune âge, » explique Rivosoa Vero Dina Ramanankihantana, professeur au CEG de la communauté reculée d’Ambohimandroso.

Ces vingt dernières années, plus de 3,5 millions d’hectares de forêts ont été détruits par la culture sur brûlis. De surcroît, les fortes précipitations qui s’abattent sur la région provoquent une érosion des sols et des crues soudaines. Les agriculteurs des Hautes Terres pratiquent la riziculture irriguée, mais les terres adaptées se font rares désormais et les rizières transmises de génération en génération sont de moins en moins appropriées à cette culture. Une solution à ce problème pourrait être la culture de variétés de riz pluvial, une pratique adaptée aux pentes raides de la région.

 

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Le directeur d’école Franc Coeur Sousoukou espère que ces nouvelles pratiques agricoles lancées par les jeunes (notamment l’utilisation de paillage à base de maïs ou de pois) mèneront à une nette augmentation du rendement du riz. ‘Nous avons couvert la première parcelle de haricots de mucuna et nous estimons que nous pourrions obtenir environ 5,5 tonnes par hectare – c'est une augmentation significative.’

À une demi-heure de route, à Antsoatany, Harson Andrianiaina enseigne à ses élèves de cinquième année les théories et pratiques de l’agriculture de conservation. « Une fois qu’ils ont vu nos parcelles tests, les agriculteurs ont été convaincus, » ajoute Harson. « Certains ont même déjà retravaillé leurs terres et planté des semences de pois mascate. L’un d’eux vit à quelques centaines de mètres de l’école et en a semé sur un demi-hectare. »

Lalaina Eric Arthur Vonjisoa, un agriculteur local, confirme avoir beaucoup appris des parcelles tests cultivées par les élèves. « Il s’agissait de terres non cultivées, et pourtant, une fois le riz pluvial planté et fertilisé par les pois mascate, la récolte a été impressionnante. Même les passants ont remarqué que le rendement du riz pluvial est bien meilleur que celui du riz irrigué des rizières environnantes. »

RakoSelon Rakotondramanana, les élèves sont aujourd’hui plus ouverts à de nouvelles pratiques agricoles. « Ils sont vraiment motivés. Ils comprennent qu’on leur enseigne une méthode différente de celle de leurs parents – ce qui signifie qu’ils peuvent leur apprendre quelque chose. La plupart de ces jeunes viennent de familles de paysans de père en fils, et il est très probable qu’ils suivent les traces de leur père à la fin de leur scolarité. Il est donc crucial qu’ils soient sensibilisés à la dégradation des sols.»