Renforcer la résilience climatique à l'ombre de l'Himalaya, au Népal

Debout devant un bâtiment en béton qui vient d’être construit dans le village isolé de Narayanpur, à l’ouest du Népal, Suraj Bahadur Kunwar explique : « Le changement climatique a aggravé le risque d’inondation. Grâce à cet abri, nous sommes protégés, nous nous sentons en sécurité. C’est pour cela que nous l’avons construit. »

 

« Les fortes précipitations ont provoqué des inondations et des glissements de terrain, faisant près de 400 morts et entraînant le déplacement de 1 250 familles. Dans ce paysage montagneux dominé par l'Himalaya – avec d’innombrables lacs glaciaires et où quantité de rivières prennent leur source – le risque d’inondation et de glissement de terrain est aujourd’hui bien réel. La structure en béton de Narayanpur – construite grâce aux fonds du Programme d’aide à la lutte contre le changement climatique au Népal (Nepal Climate Change Support Programme, NCCSP) cofinancé par l'UE – a été conçue pour résister aux inondations de plus en plus graves provoquées par des pluies de mousson torrentielles.

 

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© NCCSP Documentary

 

Ce programme, financé à hauteur de 16,5 millions d'euros – 8,6 millions pour l'Union européenne et 7,9 millions pour le département britannique du développement international (DFID) –, a été lancé pour aider les communautés agricoles les plus pauvres, les plus vulnérables et les plus reculées du centre et de l’extrême-ouest du Népal, l'une des régions les plus montagneuses et les plus inaccessibles au monde : il faut parfois une semaine de marche pour rejoindre certains villages. Le NCCSP a aidé ces communautés népalaises à préparer et à mettre en œuvre leurs plans d’action locaux d’adaptation (PALA). Ces plans, élaborés à l’échelon communautaire, déploient une approche d’adaptation au changement climatique essentiellement fondée sur la lutte contre la vulnérabilité climatique (« vulnerability first »). Concrètement, environ 600 000 habitants de la région ont bénéficié d’un approvisionnement en eau potable, de systèmes d'irrigation, d'abris contre les inondations et d’installations solaires grâce aux PALA.

 

Le village de Shreepur se situe à 500 km – soit 15 heures de route – de Narayanpur. Jeet Bahadur Tharu nous montre un impressionnant mur constitué de cages métalliques géantes remplies de pierres – des « gabions ». « Les inondations détruisaient tout sur leur passage avant que nous n’utilisions cette technique, » explique-t-il. « Mais les gabions ne nous protègent pas seulement des glissements de terrain et de l'érosion ; nous les avons aussi utilisés pour réaliser un réservoir de retenue qui nous approvisionne en eau d’irrigation. Sans cette technique, nous n'aurions pas pu recueillir l'eau de pluie dans le réservoir. L’avantage est donc double pour nous ! »

 

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Alors qu’il a fallu neuf ans pour construire un canal d’amenée d’eau destiné à alimenter un générateur hydroélectrique à Tripurasundari, quelques minutes ont malheureusement suffi pour réduire ces efforts à néant. Tout a en effet été détruit par un glissement de terrain en 2017, privant les villageois d’électricité pendant plus d'un an. Une fois de plus, la communauté a été laissée à l’abandon, dans l'obscurité. Les fonds du NCCSP lui ont heureusement permis de construire un nouveau canal de 100 m de long, ainsi qu’un système de gabions pour le protéger. « Nous avons à présent de la lumière de 17 à 22 heures, avec, en périodes d’examen, un éclairage supplémentaire pendant la matinée, pour que les jeunes puissent étudier, » peut-on lire dans le rapport. « Le générateur hydroélectrique alimente également un petit moulin pour moudre le grain et l’approvisionnement en électricité a également permis de lutter contre la déforestation (car les habitants s’éclairaient jusqu’ici au bois). Certains membres de la communauté ont même mis en activité des scieries. » 

 

Même situation et mêmes bénéfices aussi à Chungwang, un village sans électricité jusqu'à l’intervention du NCCSP. « Nous vivions dans l'obscurité, » explique Sunita Pun, une mère de famille, privée jusqu’ici d’électricité à l’instar de 54 autres familles. « Nos enfants devaient s’arrêter d’étudier à la tombée de la nuit, faute d’éclairage. Même problème pour les femmes, qui devaient faire la cuisine avant le coucher du soleil. Une fois les tâches de la journée terminées, nous allions nous coucher, tôt dans la soirée. »

 

« Quand il faisait clair et que le soleil brillait, nous devions soit travailler dans les champs soit nous acquitter des tâches ménagères. Il y avait toujours ce choix à faire », dit-elle. « La nuit, nous évitions d’utiliser les latrines, faute d’éclairage. Tout est plus facile maintenant : je peux passer plus de temps dans les champs pendant la journée et cuisiner le soir. Mes enfants peuvent continuer à étudier une fois le soleil couché. Les personnes âgées et les enfants peuvent utiliser les latrines en toute sécurité la nuit. Le village revit. Les gens écoutent la radio et utilisent des téléphones portables pour appeler leurs familles ».

 

Le changement climatique a entraîné une augmentation des pluies de mousson mais aussi une diminution des pluies d'hiver, une alternance de sécheresse et d’inondation qui entraîne une perte de récoltes. Le NCCSP a essentiellement été conçu pour aider les populations locales à gérer les risques climatiques et à renforcer leur résilience au changement climatique. Un de ses objectifs était ainsi d’aider les habitants à mieux s’approprier les interventions. Ce programme a donc contribué de manière significative à renforcer la confiance des populations quant à leur capacité à faire face à tout type de catastrophe et à limiter les risques liés au changement climatique. Les communautés sont désormais capables de trouver elles-mêmes une solution aux problèmes – c’est là l’impact le plus important du programme ».

 

 

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© NCCSP Documentary

À Shivapur, Durga Sapkota est fier de faire découvrir aux visiteurs le centre d'information communautaire, dont les murs sont recouverts d’affiches aux couleurs vives sur le changement climatique. C’est ici que des groupes d'hommes et de femmes se retrouvent pour examiner comment améliorer la résilience de la communauté. « Grâce à ce centre d'information communautaire, nous avons appris comment réduire les risques liés au changement climatique », explique Durga. « Nous avons acquis beaucoup de connaissances ».

 

La sécurité alimentaire est une autre priorité au sein de ces communautés isolées. Les inondations et les glissements de terrain détruisent les terres agricoles, et certaines cultures ne sont plus viables. Quatre-vingts pour cent des jeunes de Tribeni Nagarpalika – où une grande partie des précieuses terres agricoles ont été emportées par les inondations – ont quitté le village pour chercher du travail en Inde. Le NCCSP a heureusement montré que des interventions appropriées peuvent aider les gens à gagner décemment leur vie en cultivant les terres.

 

« Avant de bénéficier du soutien du NCCSP, nous étions obligés d’aller chercher de l’eau très loin ; il n’y avait aucun système de stockage de l’eau, » explique Ganga Saud, un agriculteur de la municipalité de Dullu. « Aujourd’hui, nous avons de l'eau potable et de l’eau pour irriguer nos terres. Grâce au système d'irrigation, je peux cultiver des légumes, tels que des choux et des choux-fleurs.    La vente de mes légumes m’a rapporté 192 000 roupies népalaises (1 400 euros). »  

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© NCCSP Documentary

 

Photos

Captures d'écran de https://www.youtube.com/watch?v=XRBYnzA3WtM © NCCSP