Reportage : Les solutions basées sur la nature

 

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NbS

 

Il est temps de révoir radicalement notre relation avec la nature   

En ce moment, on parle beaucoup de solutions basées sur la nature (SFN). On a le sentiment que - bien que l'idée de travailler avec la nature plutôt que contre elle ne soit en aucun cas nouvelle et soit pratiquée par les peuples autochtones depuis des millénaires - le moment est venu de traiter la nature avec plus de respect si nous voulons surmonter certains de nos plus grands menaces existentielles.
Mais que sont exactement les solutions fondées sur la nature (NbS) ? Jusqu'à récemment, il n'y avait pas de définition universellement acceptée des SFN - qui sont aussi parfois connues sous le nom d'adaptation basée sur les écosystèmes, de solutions climatiques naturelles, d'infrastructures basées sur la nature ou de régénération naturelle assistée.

En mars 2022 l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement (UNEA) a adopté une définition convenue des SFN reconnaissant le rôle important qu'elles jouent dans la réponse mondiale au changement climatique et à ses effets sociaux, économiques et environnementaux. La résolution, rédigée par l'UE, reconnaît "l'importance d'assurer l'intégrité de tous les écosystèmes, ainsi que les interdépendances entre la perte de biodiversité, le changement climatique et le bien-être humain". 

« Les SFN représentent un changement de paradigme, une façon radicalement nouvelle d’envisager la nature et de travailler avec elle, » explique Diego Portugal, co-directeur de la Commission de la gestion des écosystèmes (CGE) de l'UICN. « Elles imposent donc une réflexion philosophique sur la relation de l'Homme avec la nature. L’approche SFN implique de travailler côte à côte avec la nature. » 

Le fait que cette approche relève à la fois de la philosophie, de la science et de l’économie la rend particulièrement inspirante et interpellante, puisque cela nous donne une chance de revoir notre relation avec la nature mais aussi de réfléchir à notre place sur notre planète.     

« Comment régler une fois pour toutes notre relation conflictuelle, proche de l’affrontement, avec la nature ? ». Telle est la question posée par Carlos Manuel Rodriguez, PDG du Fonds pour l'environnement mondial et ancien ministre de l’Environnement du Costa Rica.

« Au cours des deux derniers siècles, les êtres humains ont bâti la prospérité et le progrès en pensant qu’il s’agissait là de fondations solides, alors que ce n’est finalement qu’un château de sable. Mais aujourd’hui, nos comprenons à quel point nous sommes fragiles et vulnérables. J'ai grandi en tant que défenseur de la nature, mais mes enfants grandiront en tant que ‘restaurateurs écologiques’. »

« Nous avons une vision très anthropocentrée de la nature, puisque nous estimons qu’elle doit être au service de l’Homme, » admet Geraldo Carreiro, chef d'équipe de la Facilité d’appui de l’UE-AMCC+ (Alliance mondiale contre le changement climatique Plus). « Alors que nous savons que le changement climatique est causé par l'Homme, nous nous tournons à présent vers la nature pour trouver des solutions aux problèmes dont nous sommes nous-mêmes à l’origine, ce qui est très révélateur. Quelle ironie de demander à la nature – à laquelle nous avons infligé tant de mal – de nous aider à résoudre des problèmes que nous avons-nous-mêmes créés. »   

« Recourir aux SFN revient à travailler avec la nature au lieu d'essayer de lui imposer nos solutions, comme nous l'avons fait par le passé, » ajoute-t-il. « Les SFN exploitent des fonctions qui existent déjà dans la nature et qui ont déjà amplement fait leurs preuves :  protection des côtes contre les vagues, prévention de l'érosion, régulation des pressions, des températures et du niveau de l’eau, filtration des polluants, purification de l’eau ou de l’air, régénération des sols, etc. Si nous voulons garantir l’avenir de notre planète, nous devons reconnaître et exploiter ce pouvoir et ces fonctions de la nature. »

Comme l'a déclaré Carla Montesi, directrice en charge du pacte vert pour l’Europe au sein de la direction générale des partenariats internationaux (DG INTPA), lors d'un événement de l’UE AMCC+ organisé en marge de la COP26, « les SFN devraient être une priorité pour nous tous. Garantir la santé et le bon fonctionnement des services écosystémiques nous aidera à relever également les défis du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution ».

« Nous devons travailler avec la nature plutôt que contre elle. Nous avons les solutions entre nos mains, et les solutions intégrées fondées sur la nature en font incontestablement partie. C’est maintenant que nous devons déployer à grande échelle les SFN, car demain il sera trop tard. Les belles promesses ne suffisent : il faut agir dès maintenant. »   

Depuis 2007, l’UE AMCC+ met en œuvre des centaines de projets axés sur les SFN, allant de la restauration des mangroves et des récifs coralliens à des initiatives d’agroforesterie et d’agriculture durable, en passant par le renforcement de la résilience de la ville de Miches et de sa région, dans la province d’El Seibo, face au changement climatique et aux catastrophes naturelles.