Un coin de paradis sous haute protection en République dominicaine

Encore une journée magnifique à Miches, sur la côte nord de la République dominicaine. Pourtant, les plages de sable blanc baignées par le soleil sont quasi désertes. Bien que l’île soit restée ouverte aux visiteurs, la COVID-19 a de lourdes conséquences pour le secteur du tourisme : le nombre de visiteurs a diminué et les prévisions annoncent une contraction de l’économie de 6,5 % en 2020.

 

Ce n’est cependant pas la pandémie qui tracasse Yonattan Mercado alors qu’il déambule dans sa ville. Il est davantage préoccupé par les effets du changement climatique et du développement non durable, en particulier les ouragans dévastateurs qui s’abattent de plus en plus souvent sur le littoral.

 

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© GCCA+/EU 2020. Photo taken by Anatoly Kireev. (September 8st, 2020)

 

« Lorsque notre ville a été frappée par les ouragans Irma et Maria en 2017, les habitants ont vu de leurs propres yeux la puissance brute de la nature », se souvient Yonattan. Des centaines de maisons ont été détruites et des milliers de personnes déplacées après que l’ouragan Maria a déferlé sur Miches, soulevant une marée de tempête qui a fait sortir le fleuve Yeguada de son lit. « Cette inondation a été la pire catastrophe jamais connue dans la région. Mais les gens ont la mémoire courte et continuent à construire dans des zones vulnérables, même s’ils connaissent les dangers auxquels ils s’exposent. »

 

Yonattan, qui vit à Miches depuis toujours, est actuellement au service du ministère de l’environnement et des ressources naturelles de la République dominicaine. Son travail consiste à veiller sur deux zones locales protégées qui sont des refuges pour la vie sauvage : Lagunas Redonda y Limón et Los Manglares de La Gina. « Ces zones sont un sanctuaire pour des dizaines d’espèces sauvages, mais aussi une source de revenus pour un grand nombre de familles locales », explique-t-il. « Nous ressentons les effets locaux du changement climatique sur la mangrove, les plages, les récifs coralliens et d’autres écosystèmes essentiels. La hausse des températures, le raccourcissement de la saison des pluies, la dégradation des récifs de corail et l’érosion côtière constante sont autant de coups portés à ces écosystèmes. Certaines communautés ont déjà été abandonnées à cause de la disparition des plages. »

 

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© GCCA+/EU 2020. Photo taken by Anatoly Kireev. (September 8st, 2020)

 

« Le ministère de l’environnement, en qualité de point focal devant le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le Fonds d’adaptation des Nations unies, s’est engagé à renforcer son appui aux populations les plus vulnérables de la République dominicaine pour leur permettre de s’adapter aux effets adverses du changement climatique », déclare Orlando Jorge Mera, ministre dominicain de l’environnement, en rappelant la situation de l’île.

 « L’accélération du changement climatique est un problème que notre pays doit affronter non seulement en raison de sa situation d’État insulaire – qui partage la moitié du territoire de l’île – mais aussi à cause de sa localisation géographique sous les tropiques. Toutes les catastrophes que sont les tempêtes, cyclones, ouragans, sécheresses, attaques de nuisibles et maladies nous frappent d’autant plus durement qu’elles sont accentuées par l’orientation de notre modèle de développement économique et, bien sûr, par nos actions individuelles ».

 

L’Alliance mondiale contre le changement climatique Plus (AMCC+), le programme phare de l’UE dans le domaine climatique, vise à renforcer la résilience de Miches et de la région environnante d’El Seibo face au changement climatique et aux catastrophes naturelles. Après un projet pilote initial, ce programme sur cinq ans, doté de cinq millions d’euros, sera étendu à l’ensemble du pays. « El Seibo est l’une des provinces les plus pauvres et moins développées de la République dominicaine. Sa population est extrêmement vulnérable aux effets du changement climatique », raconte Friederike Eppen, coordinatrice de projet pour le GIZ, l’organisme allemand de coopération au développement qui est aussi le partenaire de mise en œuvre de l’UE. « L’économie locale dépend de l’existence d’écosystèmes en bonne santé. Pour nous, il est vraiment important de travailler avec les communautés locales, les agriculteurs, les pêcheurs et les travailleurs du secteur touristique, car ainsi ils nous parlent de leurs expériences et nous les impliquons dans les solutions. »

 

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© GCCA+/EU 2020. Photo taken by Anatoly Kireev. (September 8st, 2020)

 

Yonattan abonde dans ce sens. « Pour que le programme d’agriculture intelligente face au climat fonctionne, il est crucial de parler directement aux agriculteurs, de discuter de leurs problèmes, de leurs faiblesses, de leur façon de travailler la terre et de l’état du sol. C’est comme ça que l’on obtient de bons résultats. »

 

Le programme intégrera l’agriculture intelligente face au climat à des solutions écosystémiques dans le but d’accroître la sécurité alimentaire et de réduire les risques de catastrophe. « En nous focalisant sur les services fournis par les écosystèmes, nous pouvons veiller à la santé des terres agricoles mais aussi conserver les mangroves et les récifs coralliens qui protègent la côte », explique Friederike.

 

À la plage Esmeralda, des bungalows de vacances de luxe et des bars de plage se nichent parmi les palmiers et les dunes de sable. Des travaux ont récemment commencé pour la construction de deux nouveaux centres de villégiature dont l’ouverture est prévue en 2022. Yonattan s’inquiète de l’impact du tourisme sur la ville qui l’a vu grandir. « Ce qu’il nous faut, c’est une croissance économique plus durable », prévient-il. « Actuellement, tous les efforts sont centrés sur le tourisme. Les aspects environnementaux, culturels et sociaux sont négligés. À Miches, tout sent le tourisme. »

 

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© GCCA+/EU 2020. Photo taken by Anatoly Kireev.

Au-delà de la construction de ces nouvelles infrastructures touristiques, Miches – qualifiée de « mine d’or pour Instagram » par le New York Times – reste l’une des villes les plus pauvres de la République dominicaine. Prise entre les montagnes de la Cordillera Oriental et la baie de Samaná, sa population vit traditionnellement de l’agriculture de subsistance et de la pêche à petite échelle. Mais les pénuries d’eau, l’érosion du sol et l’utilisation excessive de pesticides ont marqué les délicats écosystèmes côtiers.

 

Ces épreuves n’ont pourtant pas entamé la passion de Yonattan pour sa ville natale et les écosystèmes locaux. « C’est là que je suis né, que j’ai grandi, étudié et où je continue à vivre. Tous les coins de Miches m’évoquent des souvenirs d’enfance. Je ne veux pas vivre ni même aller en vacances ailleurs ! » Et il n’est pas le seul dans le cas. « Nous menons une foule d’activités pour garder nos ressources naturelles en bon état », s’enthousiasme-t-il. « Il y a des dizaines de femmes, de filles, d’hommes et de garçons qui, comme moi, se plient en quatre pour un avenir meilleur à Miches. Plus les écosystèmes seront sains, plus ils supporteront le changement climatique. »

 

 

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